Parmi les ministres de l’Agriculture des pays de l’UE, plusieurs ont demandé, jeudi 7 avril à Luxembourg, un nouveau coup de pouce budgétaire pour garantir la sécurité alimentaire, ébranlée en raison de l’invasion russe en Ukraine.
Les ministres de l’Agriculture de l’UE ont, de manière générale, soutenu le contenu de la communication du 23 mars de la Commission européenne visant à garantir la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des systèmes alimentaires (EUROPE 12921/5).
La Commission a déjà présenté un paquet de mesures en faveur de l’agriculture, dont un plan de soutien de 500 millions d'euros, un cadre temporaire de crise pour les aides d'État et des dérogations à certaines obligations en matière de verdissement en 2022.
Les ministres ont une nouvelle fois demandé d’aider l’Ukraine et les agriculteurs du pays en leur fournissant notamment des engrais et des semences et ont souligné les risques de pénuries alimentaires dans des pays tiers (Afrique, Moyen-Orient).
Le Conseil 'Agriculture' a aussi débattu de la situation des marchés agricoles avec le nouveau ministre ukrainien de l'Agriculture.
La Slovaquie et la Lettonie ont réclamé des mesures de soutien plus élevées que celles déjà annoncées (500 millions d'euros).
Parmi les nouvelles aides demandées par certains pays figure surtout la demande croate, soutenue par de nombreux pays, sur l’utilisation du second pilier de la PAC (développement rural).
Développement rural. La Croatie, soutenue, dans un document, par plusieurs pays (Bulgarie, Chypre, Grèce, Italie, Lettonie, Malte, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Espagne), a réclamé une mesure de soutien temporaire exceptionnelle au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) en réponse à la crise et à son impact sur les systèmes de production agricole et la sécurité alimentaire. Une telle aide avait été autorisée lors de la crise de la Covid-19 et la Commission rechignait jusqu’à maintenant à la proposer à nouveau dans ce contexte de guerre.
Le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a indiqué que ses services allaient étudier les prochaines étapes. Il compte en faire la demande auprès de la Commission, en vue d’une éventuelle proposition législative sur ces crédits de développement rural.
Le Danemark aussi a soutenu l’idée de recourir à des fonds non utilisés du deuxième pilier (développement rural).
Réduire la dépendance à l'égard des intrants. Plusieurs ministres (Portugal, Pays-Bas, Estonie, Autriche, Espagne, Pologne, Suède…) ont demandé des mesures pour réduire la dépendance de l’UE à l’égard des intrants (engrais, aliments pour animaux, combustibles fossiles…). L’Espagne, notamment, a plaidé par ailleurs pour une levée des taxes à l’importation sur les engrais pour en accroître la disponibilité.
L’Autriche, la Pologne et la Bulgarie, notamment, ont salué l’intention de la Commission de finalement proposer une véritable stratégie européenne en faveur de la production de protéines végétales.
Certaines délégations ont demandé de poursuivre aussi en 2023 les possibilités de produire par exemple des céréales ou des aliments pour animaux sur les parcelles des terres en jachère.
Ne pas oublier la durabilité. Les Pays-Bas ont regretté le report à juin des propositions sur la biodiversité et l’utilisation des pesticides. La transition vers un système durable est le meilleur moyen de garantir la sécurité alimentaire, a dit la délégation néerlandaise. Les impératifs de durabilité ont été rappelés par la Suède, le Danemark et l’Allemagne.
Il ne faut pas oublier le 'Pacte vert européen', a dit notamment le ministre allemand, Cem Özdemir.
L’Espagne a demandé de trouver un équilibre entre sécurité alimentaire et transition vers des systèmes durables.
Julien Denormandie, le ministre français qui préside le Conseil 'Agriculture', a notamment souligné le besoin de débattre « des objectifs de production » dans l’UE afin de réduire la dépendance vis-à-vis des importations (engrais, protéines, aliments pour animaux).
L'Europe doit reprendre sa part dans la sécurité alimentaire mondiale, a résumé M. Denormandie. Il a aussi parlé de l’initiative FARM (Food & Agriculture Resilience Mission) pour la sécurité alimentaire des pays les plus vulnérables (EUROPE 12927/2).
La sécurité alimentaire n’a pas toujours été une priorité de la politique agricole commune (PAC), qui fête ses 60 ans. Mais les événements tragiques montrent que la sécurité alimentaire est aussi importante, par exemple, que la sécurité énergétique, a conclu le commissaire Wojciechowski. (Lionel Changeur)