La tension monte entre Moscou et Strasbourg, sur fond de possible sortie de la Fédération de Russie du Conseil de l’Europe la semaine prochaine, sortie qui, si elle est décidée par le Comité des 46 ministres des Affaires étrangères européens, aurait valeur d’expulsion.
Réunis au sein du Comité des ministres, ceux-ci sont déterminés à avancer dans cette voie et ont décidé, jeudi 10 mars, de consulter l’assemblée parlementaire. Démarche non obligatoire, mais importante pour montrer l’unité des instances statutaires de l'organisation face à « l’agression de la Fédération de Russie sur le territoire souverain de l’Ukraine », qui constitue « une rupture de la paix sur le continent européen d’une ampleur sans précédent depuis la création du Conseil de l’Europe ».
L’avis de l’Assemblée sera apporté lors de sa réunion extraordinaire des 14 et 15 mars, elle-même suivie d’une nouvelle réunion du Comité des ministres, le 17. La décision finale pourrait alors être actée et la Russie officiellement exclue du Conseil de l’Europe.
Du côté russe, on semble anticiper l'annonce, notamment par le biais d’une déclaration publiée ce matin sur le site du ministère des Affaires étrangères, où il est notamment écrit que « (…) Les États de l’Union européenne et de l’OTAN, hostiles à la Russie, abusant de leur majorité absolue au sein du Comité des ministres du Conseil de l'Europe, poursuivent la destruction du Conseil de l’Europe et de l’espace humanitaire et juridique commun de l’Europe. (…) L’évolution des événements devient irréversible. (…) La Russie ne participera pas à la transformation par l’OTAN et l’Union européenne qui les suit docilement de la plus ancienne organisation européenne en une plateforme d’incantations sur la supériorité et le narcissisme occidentaux. Qu’ils communiquent entre eux, sans la Russie ».
La Russie ne « participera pas » au futur du Conseil de l’Europe, mais, à ce stade, elle ne s’en retire pas, puisqu’aucune notification en ce sens n’est parvenue à sa Secrétaire générale.
Étonnamment, Moscou semble attendre que la décision unilatérale tombe de Strasbourg, préparer le terrain et, au final, se faire « expulser » plutôt que claquer elle-même la porte du Conseil de l'Europe comme l’avait fait la Grèce des colonels en 1969 face aux menaces de sortie liées au coup d’État de 1967.
Une attitude peut-être liée à une autre déclaration, émanant cette fois de Dmitry Peskov, porte-parole du Kremlin, qui prévient : « le retrait [de la Russie] du Conseil de l’Europe implique le retrait de tous ses mécanismes », ce qui concerne la Convention européenne des droits de l’homme et la Cour qui lui est dédiée.
En priver les citoyens russes est une décision lourde, que la Fédération de Russie ne souhaite pas forcément assumer seule. (Véronique Leblanc)