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Bulletin Quotidien Europe N° 12834
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ACTION EXTÉRIEURE / Interview macÉdoine du nord

Pour M. Osmani, ouvrir les négociations d'adhésion est l’investissement le moins cher de l'UE pour que les Balkans occidentaux continuent de progresser

En visite à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères macédonien, Bujar Osmani, a plaidé, une nouvelle fois, pour l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE de son pays et de l’Albanie. Selon lui, cela permettrait à l’UE de garder sa crédibilité dans la région, qui fait actuellement l’objet de tensions. (propos recueillis le 16 novembre par Camille-Cerise Gessant)

Agence Europe - Que se passe-t-il actuellement dans votre pays ?

Bujar Osmani - Nous avons réussi à surmonter une petite crise politique qui s'est produite après les élections locales. Le Premier ministre a annoncé sa démission, ce qui a créé un espace pour différentes manœuvres politiques, y compris certaines influences malignes externes qui ont encouragé la formation d'une nouvelle majorité, du moins sur le papier, qui pourrait menacer non seulement la stabilité politique, mais aussi l'orientation stratégique de ce pays. Cette tentative de 'coup d'État' a échoué.

Maintenant, le gouvernement continue à travailler pour tenter d'atteindre nos objectifs stratégiques et de rapprocher le pays de l'UE. Nous nous efforçons d'accroître la majorité afin d'assurer une plus grande stabilité politique, car nous avons devant nous de nombreux défis et occasions : des défis en termes de gestion de la pandémie et ses conséquences socioéconomiques, mais aussi la crise énergétique, et des occasions en termes de possibilité d'entamer les négociations d'adhésion en décembre et de percée avec la Bulgarie sur le différend qui nous oppose.

Après les élections de dimanche en Bulgarie, pensez-vous qu’il sera possible d’avancer ?

Au moins, il y aura une stabilité politique et une prévisibilité. Le fait d'avoir eu un gouvernement intérimaire pendant si longtemps n'a pas aidé à résoudre le problème. Nous espérons qu'un gouvernement politique sera bientôt formé afin que nous puissions nous engager dans des discussions substantielles et surmonter les différences.

Nous n'avons jamais cessé de communiquer avec le gouvernement technique. Nous continuerons au cours de ce mois, avant cette fenêtre de tir, le 14 décembre, avec le Conseil des Affaires générales.

J'espère que tout le monde sera concentré et constructif, parce que c'est dans l'intérêt de la Bulgarie, de la stabilité de la région des Balkans occidentaux, mais surtout de l'UE afin de maintenir sa crédibilité dans la région, mais aussi en tant qu'acteur mondial.

Le Haut Représentant de l’UE espère la tenue des premières conférences intergouvernementales (CIG) en décembre. Pensez-vous que cela soit réaliste ?

26 pays font pression pour qu'une CIG soit organisée le plus rapidement possible pour l'Albanie et la Macédoine du Nord, et la Bulgarie a opposé son veto en raison de nos différences.

J'espère qu'après l'engagement constructif dont nous avons fait preuve, mais aussi en réfléchissant aux conséquences pour la crédibilité de l'UE et la stabilité de la région, la Bulgarie lèvera son veto et que nous pourrons commencer ce long processus d'adhésion à l'UE, qui est l'un des plus contrôlés. La Bulgarie continuera donc à exercer son influence sur le processus. 

Dans une déclaration commune, votre Premier ministre, celui de l'Albanie et le président de la Serbie ont demandé une plus grande coopération avec l’UE en attendant de devenir membres de l’UE (EUROPE 12827/4). Pensez-vous que c'est une bonne chose ou que cela pourrait être une alternative à l'absence d'élargissement ?

Tout d'abord, nous devons dissocier le début du processus d’adhésion et son résultat final.

Certains considèrent à tort qu'il s'agit d'un processus indivisible. Le début du processus est la façon la moins chère pour l'Europe de s'engager dans la région. Elle garde la région, elle empêche les forces d'entraînement des différents pôles extérieurs, mais cela ne signifie pas que tous les pays qui entament des négociations d'adhésion deviendront des États membres.

Et c'est là, je pense, que réside le problème. La crainte des Européens est que les pays qui ne sont pas prêts à vous rejoindre viennent compliquer davantage le système déjà compliqué de l'Union européenne. Notre population ne se soucie pas de ses droits de veto dans la future UE ou d'avoir plus de commissaires, ce qui nous importe, c'est la mobilité, l'accès à l'éducation, aux prêts et aux fonds.

Il faut oublier le résultat final et se concentrer plutôt sur le début et sur le processus lui-même, c'est le processus qui compte, qui amène l'européanisation du pays. Le résultat final viendra comme une étape logique lorsque les pays de la région deviendront européens. L'adhésion formelle sera moins importante pour l'Europe et pour nous aussi.

Pensez-vous que l'UE a perdu de sa crédibilité dans votre pays et dans la région ?

Je pense qu'elle est en train de la perdre. Et le test décisif est le dossier de la Macédoine du Nord. Le pays a rempli tous les critères possibles et est même allé au-delà et cela n'a pas été reconnu et récompensé. Donc, aux yeux des citoyens de la région, si ça n'a pas marché pour nous, pourquoi est-ce que ça marcherait pour eux ?

Si la crédibilité de l'UE s'effondre, elle s'effondrera sur le cas de la Macédoine du Nord.

Deuxièmement, si l'idée européenne est un ticket gagnant pour les élections dans la région, quand elle commencera à perdre sa force en tant que ticket gagnant, nous aurons une rhétorique nationaliste et nous gérerons des crises au lieu de gérer l'avenir et l'avenir européen de la région.

Pour restaurer cette crédibilité, il faut permettre à l'Albanie et à la Macédoine du Nord d'entamer des négociations d'adhésion. C'est l'investissement le moins cher que l'UE puisse faire pour que cette région continue à progresser sur la bonne voie.

La situation dans la région est assez compliquée en ce moment (Bosnie-Herzégovine, Serbie/Kosovo). Êtes-vous inquiet ?

Oui et nous suivons cela de près. Ce qui nous donne un peu de confiance, c'est que trois des six pays de la région sont déjà membres de l'OTAN et que l'OTAN apporte stabilité politique et prévisibilité. (...)

Mais je ne pense pas que nous puissions résoudre les questions difficiles de la Bosnie et des relations entre le Kosovo et la Serbie sans nous occuper d'abord de la perspective de l'Albanie et de la Macédoine du Nord pour l'Union européenne.

La Macédoine du Nord, en particulier, est la clé pour débloquer la crise dans les Balkans occidentaux. Lorsque les pays de la région verront que cette démocratie fonctionnelle et multiethnique est un succès, ils suivront cette voie. 

Pensez-vous que l'UE a une part de responsabilité dans ce qui se passe dans la région ?

Absolument, oui ! C'est à l'UE de rassembler ses forces. Je sais que ces décisions requièrent l'unanimité, mais il est de la responsabilité de l'Union de franchir ce Rubicon et d'aller du côté de la stabilité européenne. 

Enfin, sur le Covid-19, comment l'UE aide-t-elle votre pays ? L'UE souhaite que le niveau de vaccination soit le même dans les Balkans occidentaux que dans l'UE. Où en êtes-vous ?

La coopération de l'UE sur la question du Covid-19 est une réussite.

Il ne s'agit pas seulement de la vaccination, mais plutôt de la gestion, au début, avec des moyens techniques, des équipements médicaux, des premiers secours, un soutien financier direct, 3,3 milliards d'euros pour la région de la part de l'UE pour gérer l'impact économique et social. Et plus tard, avec les vaccins. Oui, il y a eu un retard dans la livraison, mais le monde entier était en crise et nous comprenons que l'Union devait d'abord subvenir à ses besoins.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas d'avoir les vaccins. Il s'agit de convaincre les gens de se faire vacciner. La Macédoine du Nord a presque atteint les 50% de la population vaccinée. Nous espérons que ce chiffre va augmenter, car il est évident que la situation se détériore dans toute l'Europe et qu'un jour, cela se reflétera dans notre pays également.

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