La Hongrie a-t-elle encore sa place au sein de l’UE ? Les dirigeants européens ont été longuement interrogés sur le sujet, vendredi 25 juin, au lendemain de leur discussion animée sur le projet de loi hongrois stigmatisant la communauté LGBTI (EUROPE 12748/1).
Le Premier ministre portugais, António Costa, s’est montré particulièrement ferme sur le sujet, répétant que seuls les États partageant les valeurs inscrites à l’Article 2 du Traité sur l’UE – le respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie – devaient rester dans l’Union.
Le Portugal, a-t-il insisté, a demandé l’adhésion à l’UE précisément pour voir ces valeurs garanties. « Nous ne pouvons pas accepter que ceux qui ne les respectent pas restent dans l’Union », a-t-il insisté.
« L’UE n’est pas seulement un marché intérieur », a noté la chancelière allemande, Angela Merkel, prônant à son tour le respect des valeurs communes et la mise en place d’un dialogue au cas où celles-ci ne seraient pas respectées. Elle a en outre laissé entendre que la Hongrie n’était pas la seule concernée par cette question.
« La question ne vaut pas que pour les Hongrois, mais c’est une question existentielle pour les Européens », a également réagi le président français, Emmanuel Macron. « Est-ce qu’on pourra encore dire longtemps à un Albanais de faire des efforts sur l’État de droit et accepter en notre sein des États membres qui vont dans l’autre sens ? », a-t-il interrogé.
Réflexion approfondie
Le président français a par ailleurs jugé peu souhaitable que l’Article 50 - première étape d’une procédure de retrait - soit invoqué dès lors qu’un problème se pose avec un État membre. Une position partagée par le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.
Ce dernier a en effet jugé préférable que la Commission intervienne - comme cela a été fait dans le cas hongrois (EUROPE 12747/7) - plutôt que de « débattre sur la question de savoir si un pays doit quitter l'Union européenne ». « Car cela ne peut pas être notre objectif », a-t-il maintenu.
Quant au Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, qui avait évoqué la veille le sujet de l’Article 50, il a précisé ses propos : « Je n'ai pas demandé à Orban de quitter l'UE. Je lui ai demandé d'abroger les amendements présentés. S'il ne le veut pas, je ne vois pas, personnellement, pourquoi il voudrait rester », a-t-il détaillé.
Enfin, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a soutenu, pour sa part, que la Hongrie avait sa place dans l'Union et y resterait.
Tous ont toutefois admis qu'il était temps que le sujet soit abordé de manière plus approfondie au niveau du Conseil européen.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a également appelé à ce que « la conférence sur l'avenir de l'Europe soit une occasion utile » d'ouvrir la réflexion sur ces « valeurs fondamentales qui sont le ciment du projet européen ». (Agathe Cherki avec la rédaction)