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Bulletin Quotidien Europe N° 12664
ACTION EXTÉRIEURE / Corne de l'afrique

Selon Pekka Haavisto, l'Éthiopie doit accepter que les organisations internationales négocient l'accès humanitaire au Tigré

Au lendemain du Conseil 'Affaires étrangères' auquel il a présenté les conclusions de sa mission dans la Corne de l’Afrique du 7 au 10 février, le ministre finlandais des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, a détaillé devant la presse, mardi 23 février, les résultats de cette mission en Éthiopie et au Soudan, et s’est montré confiant dans la délivrance prochaine d’« un message fort » de l’Union européenne.

L’UE peut faire plus, augmenter son aide, mais l’accès humanitaire au Tigré doit être garanti par le gouvernement, quitte à laisser les organisations internationales qui ont l’expérience des zones de conflit négocier l’accès dans les zones difficiles. Et il doit être mis un terme aux graves rumeurs de violations des droits humains, ce qui nécessite d’autoriser les enquêtes pour documenter ces graves allégations d’abus. Ce sont là les messages qu’il a fait passer aux autorités éthiopiennes.

Des conclusions du Conseil « seront préparées immédiatement, sans attendre le mois de mars », a précisé M. Haavisto. La veille, le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, en avait énoncé oralement les grandes lignes (EUROPE 12663/26).

Tragédie au camp de réfugiés d'Um Rabuka. La visite du camp de réfugiés d’Um Rabuka à l’Est du Soudan, à la frontière éthiopienne, a été pour M. Haavisto « une expérience triste » et « choquante », faite de témoignages de femmes et de personnes âgées et d’enfants déplacés par le conflit, souffrant de malnutrition, « mais aussi d’enfants ayant perdu leurs parents » – tous se heurtant à des obstacles pour traverser la frontière vers le Soudan.

De ses entretiens avec le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, M. Haavisto a retenu « l’impression qu’il n’y a pas une ligne unique pour décrire ce qui s’est passé au plan humanitaire. Il y a encore un déni public ».

La ligne de force du gouvernement éthiopien est d’invoquer un coup d’État au Tigré auquel il fallait répondre par une opération du respect de la loi ('law enforcement').

Accès humanitaire dans toutes les zones. « Mais plus de trois mois sont passés et la situation n’est toujours pas réglée », a souligné M. Haavisto, évoquant quatre zones : les zones contrôlées par le gouvernement, celles contrôlées par les milices, les zones sous contrôle des troupes érythréennes et celles aux mains de l’opposition.

Il faut permettre une montée en puissance de l’aide du Programme alimentaire mondial (WFP) et du Haut Commissariat des Nations unies (UNHCR).

Or, selon le ministre finlandais, quand on demande le plein accès humanitaire, le gouvernement souligne qu’il n’y a pas de problème dans les zones contrôlées par le gouvernement, mais qu’ailleurs, se posent des problèmes de sécurité. Dans les zones aux mains de l’opposition, le gouvernement parle de résistance, alors qu' il y a des civils dans ces zones.

« À Addis-Abeba, mon argument a été que la communauté internationale habituée aux zones de conflit peut négocier l'accès - elle a les outils pour aider les civils -, mais qu’elle est bloquée car elle n’a pas d’accès. C’est la recette d'une catastrophe. J’ai formulé une exigence forte pour permettre aux organisations humanitaires d’opérer et pour que l’Érythrée quitte le pays afin que l’on puisse agir pleinement dans ces zones ».

Troupes érythréennes. Interrogé sur l'existence d'un déni du gouvernement éthiopien concernant la présence de troupes érythréennes, M. Haavisto a répondu qu'il était « très difficile de savoir », mais que, selon la communauté humanitaire, il y a des zones où elles rencontrent des troupes érythréennes.

« J'ai souligné qu'il est de la responsabilité du gouvernement d'enquêter sur cette question. L'Érythrée dit que, lorsqu'il y a des troupes, c'est à la demande de l'Éthiopie ».

Autoriser les enquêtes. S'agissant des rapports « inquiétants sur les allégations graves de violations des droits humains » (abus sexuels, entraves massives à l'accès humanitaire, rumeurs de meurtres de masse), « nous recommandons qu'ils puissent être documentés, y compris en donnant accès au conseil éthiopien des droits humains et aux conseil des droits de l'homme de l'ONU », a dit M. Haavisto.

Interrogé sur l'opportunité d'une mission de l'UE pour stabiliser la région, le ministre finlandais a indiqué que le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki, et le commissaire de l'UA à la Paix et la Sécurité, Smaïl Chergui, qu'il a rencontrés à Addis-Abeba, considéraient que l'Éthiopie était un grand pays qui avait un problème de sécurité, mais que « s'ils le souhaitent, ses dirigeants ont la capacité d'enquêter ».

Coopération UE/UA/États-Unis ? M. Haavisto a aussi indiqué avoir souligné l'importance d'une coopération UE/UA/État-Unis lors du Conseil 'Affaires étrangères' auquel a participé le Secrétaire d'État américain Antony Blinken (voir autre nouvelle). Et d'ajouter : « Je n'étais pas le seul ».

En outre, selon le ministre finlandais, « beaucoup d'États membres de l'UE poussent pour que le dossier soit mis à l'ordre du jour du Conseil de sécurité de l'ONU. La pression monte, pas seulement de l'UE, mais aussi de l'UA et des États-Unis ». (Aminata Niang)

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