Les députés de la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen ont passé en revue, mardi 23 février, avec l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) et la Commission européenne, les leçons à tirer de la saga ‘GameStop’, qui a affolé Wall Street.
Fin janvier, un groupe d'investisseurs individuels, qui se sont organisés sur le forum Reddit, ont investi massivement dans la société américaine de jeux vidéo 'GameStop' afin de contrer les grands fonds spéculatifs, qui avaient misé sur son effondrement, perturbant ainsi les marchés financiers.
Les députés s’interrogent : une telle situation pourrait-elle se produire sur les marchés européens ? Pour l’instant, il y a peu de risques, répondent l’ESMA et la Commission.
« La probabilité que des événements similaires se produisent dans l'UE semble très limitée. Alors que certaines actions de l'UE ont été mentionnées dans la presse comme des cibles potentielles après les événements liés à ‘GameStop’, les niveaux de positions courtes européennes sont plus faibles qu'aux États-Unis, avec seulement 20 émetteurs ayant des positions courtes nettes supérieures à 10% et un maximum de 16%. Cela limite le risque d'un ‘short squeeze’ de type 'GameStop' », a expliqué Steven Maijoor, le président de l'ESMA.
Par ailleurs, aucune augmentation de l'ensemble des activités de vente à découvert d'actions dans l'UE n'a été observée en janvier 2021, a-t-il ajouté.
Il y a néanmoins plusieurs leçons à tirer, selon Steven Maijoor. Tout d'abord, le phénomène grandissant des courtiers « zéro commission », comme la plateforme Robinhood qui a été utilisée dans l'affaire 'GameStop', devrait, selon lui, être examiné plus en détail. C'est aussi le cas d'autres pratiques, telles que la « gamification » de l'investissement à travers la négociation d'actions sur des applications mobiles qui se veulent amusantes et ludiques.
L'affaire 'GameStop' pose aussi certaines questions concernant le régime européen sur les abus de marché. « La publication d'informations fausses ou trompeuses sur un émetteur ou sur un instrument financier dans les médias sociaux peut également représenter une manipulation de marché », a-t-il estimé.
Pour réagir aux inquiétudes soulevées par cette affaire, l’ESMA a publié, la semaine dernière, une déclaration dans laquelle elle demande aux investisseurs de détail de faire preuve de prudence lorsqu'ils prennent des décisions d'investissement exclusivement sur la base d'informations provenant de médias sociaux ou d'autres plateformes non réglementées, si la fiabilité et la qualité de ces informations ne peuvent être vérifiées.
De son côté, la Commission européenne a promis elle aussi de suivre de près cette affaire et d’évaluer si d’autres mesures, au niveau de l’UE, seraient nécessaires pour éviter une telle situation.
La Commission présentera, au premier trimestre 2022, une stratégie sur les investissements de détail qui tiendra compte, entre autres, de l'impact des nouvelles technologies et des plateformes numériques sur le comportement des consommateurs, a indiqué Ugo Bassi, qui travaille à la direction générale des Services financiers de la Commission européenne.
« Cette nouvelle stratégie devra tenir compte des enseignements tirés de l'affaire ‘GameStop’, qui pourrait nuire à la confiance des investisseurs dans les marchés financiers », a-t-il assuré aux députés.
Le fonctionnaire européen a aussi estimé que l'éducation financière était un outil particulièrement important pour se prémunir contre de tels risques. À cet égard, la Commission est en train d'évaluer la faisabilité d'un cadre européen de compétence financière, a-t-il rappelé. (Marion Fontana)