La résurgence de la pandémie de Covid-19 est venue mettre en pause la reprise économique et laisse place à une série d’incertitudes et de risques, selon les prévisions économiques d’automne de la Commission européenne, publiées jeudi 5 novembre.
« Ces dernières semaines, nous sommes confrontés à la résurgence de la pandémie et de nouvelles mesures de confinement ont été prises. La reprise économique a été interrompue. La croissance devrait s'arrêter au quatrième trimestre, mais reprendre à partir du premier trimestre 2021 », a déclaré en conférence de presse le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni.
La Commission européenne prévoit en effet une contraction de l’économie en 2020 de 7,8% pour la zone euro et de 7,4% pour l’UE, avant un rebond en 2021 de 4,2% pour la zone euro et de 4,1% pour l’UE et en 2022 de 3% pour la zone euro et l’UE.
La Commission est finalement moins pessimiste pour 2020 que dans ses prévisions économiques d’été (EUROPE 12522/1), où elle tablait sur une chute du PIB de 8,7% dans la zone euro et de 8,3% dans l’UE. Elle fait preuve, en revanche, de moins d’optimisme pour 2021, puisqu’elle prévoyait une croissance de 6,1% dans la zone euro et de 5,8% dans l'UE.
« Nous n'avons jamais compté sur une reprise en forme de V. Maintenant, nous savons avec certitude que nous ne l'aurons pas », a résumé Paolo Gentiloni.
La Commission prévoit par ailleurs une envolée des déficits et dettes publics dans l’ensemble de l’UE cette année. Selon les prévisions, le déficit public global de la zone euro devrait passer de 0,6% du PIB en 2019 à environ 8,8% en 2020, avant de diminuer pour atteindre 6,4% en 2021 et 4,7% en 2022. La Belgique, l'Espagne, la France, l'Italie et la Roumanie devraient enregistrer, en 2020, des déficits supérieurs à 10%.
Sur le front du chômage, la Commission estime que la hausse est « contenue » par rapport à la baisse de l’activité économique, grâce aux mesures prises par les États membres et l'UE. Selon les prévisions, le taux de chômage dans l'UE devrait passer de 6,7% en 2019 à 7,7% en 2020 et à 8,6% en 2021, avant de retomber à 8,0% en 2022.
Pas de retour à la normale avant 2022
Il faudra attendre au minimum 2022 pour que l'économie revienne à peine à son niveau pré-pandémique et ce ne sera pas le cas pour tous les pays, prévient la Commission.
Selon les prévisions, près de la moitié des États membres ne devraient pas avoir retrouvé leur niveau de PIB d'avant la pandémie d'ici à la fin de l'année 2022. Parmi les grands États membres, seules l'Allemagne et la Pologne devraient atteindre ou dépasser leur niveau de PIB pré-pandémique d'ici la fin de 2022, a indiqué Paolo Gentiloni.
Ces variations entre les pays européens peuvent s'expliquer, selon la Commission, par la propagation du virus, la rigueur des mesures de santé publique prises pour le contenir, la composition sectorielle des économies nationales ou encore la force de la réponse politique nationale.
Le PIB allemand, par exemple, devrait se contracter de 5,6% en 2020, soit moins que la moyenne de la zone euro et moins que ce qui avait été prévu auparavant. Néanmoins, la deuxième vague de Covid-19 devrait venir amortir la reprise économique du pays, avec une croissance de 3,5% en 2021 et de 2,6% en 2022.
Pour la France, la Commission table sur une contraction du PIB de 9,4% en 2020, avant un rebond de 5,8% en 2021 et de 3,1% en 2022.
En Italie, le PIB réel devrait diminuer de 9,9% cette année et augmenter de 4,1% en 2021 et de 2,8% en 2022, ce qui est proche de la moyenne de la zone euro.
Pour l'Espagne, en revanche, la Commission estime que le PIB du pays devrait se contracter de 12,4% cette année, en raison de l'impact de la deuxième vague, qui a frappé l'Espagne plus tôt que la plupart des pays européens. Elle table sur une croissance de 5,4% pour 2021 et de 4,8% pour 2022.
Incertitudes et risques « exceptionnellement élevés »
La Commission prévient que, dans ce contexte, les incertitudes et les risques entourant ses prévisions économiques sont « exceptionnellement élevés ».
Ainsi, elle est partie du principe que les mesures de confinement resteront en vigueur dans une certaine mesure jusqu’en 2022. Par ailleurs, dans ses prévisions, la Commission suppose que l'UE et le Royaume-Uni commerceront sur la base des règles de l'Organisation mondiale du commerce sur la nation la plus favorisée à partir du 1er janvier 2021 et non sur la base d'un accord de libre-échange.
Par ailleurs, la Commission a élaboré deux scénarios alternatifs d’évolution de la pandémie pour compléter ses prévisions de base. Le scénario pessimiste prévoit une aggravation de la pandémie qui nécessiterait des mesures plus strictes et plus longues en 2021. Un tel scénario entraînerait des conséquences économiques nettement plus négatives en termes de croissance et de chômage.
À l'inverse, le scénario plus positif s'appuie sur des progrès médicaux rapides dans le traitement et la prévention de la Covid-19, y compris le déploiement généralisé d'un vaccin au printemps 2021, qui permettrait un retour plus rapide à une situation économique normale. En outre, selon ce scénario, un accord commercial entre l'UE et le Royaume-Uni aurait un impact positif sur l'activité économique de l'UE.
La Commission européenne rappelle par ailleurs que le Plan de relance européen, Next Generation EU, devrait donner un coup de fouet plus fort que prévu à l'économie européenne. Les prévisions n’intègrent que partiellement les bénéfices qui pourraient en être tirés, car les informations disponibles sur les plans nationaux sont encore limitées, précise-t-elle.
Le commissaire Gentiloni a pressé les colégislateurs de parvenir à un accord sur Next Generation EU. Il a par ailleurs encouragé les États membres à tirer pleinement parti des outils mis à leur disposition par l’UE, comme l’instrument SURE pour les travailleurs au chômage partiel, utilisé par 17 pays, ou encore la ligne de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES), jusqu’ici restée inutilisée.
Interrogé en conférence de presse sur la durée du maintien de la clause dérogatoire générale (‘general escape clause’) prévue dans le Pacte de stabilité et de croissance afin de renforcer les mesures budgétaires de lutte contre la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12452/1), M. Gentiloni a estimé que cette discussion aurait lieu lorsqu’« un peu moins d'incertitude nous entourera ».
Voir les prévisions économiques de la Commission : https://bit.ly/2JwrptM (Marion Fontana)