Tirant les leçons de la pandémie de Covid-19, les dirigeants européens ont apporté, vendredi 2 octobre, leur plein soutien à un approfondissement du marché intérieur tel qu'agréé au Conseil ‘Compétitivité’ (EUROPE 12563/13) ainsi qu’à une autonomisation des écosystèmes stratégiques européens vis-à-vis d’États tiers, notamment dans le domaine numérique.
Les conclusions n’ont quasiment pas été modifiées par rapport aux versions antérieures obtenues par EUROPE (EUROPE 12571/3). Tous les thèmes développés y sont restés, à commencer par la volonté d'« atteindre une autonomie stratégique tout en préservant une économie ouverte », construite sur un marché unique fort et fonctionnel, et une politique industrielle renouvelée et « ambitieuse ».
La formule associant autonomie et ouverture peut toutefois sembler antinomique. Elle constitue un compromis entre les États - France, Belgique et d'autres - qui souhaitent une politique plus interventionniste et les pays du Nord et l’Irlande, plus favorables au libre-échange.
De fait, la possibilité de relocaliser des segments ou des chaînes de production n’a pas été fixée par écrit, même si nombre d’acteurs économiques et politiques y songent sérieusement. Le secteur de la santé est clairement cité parmi les écosystèmes pour lesquels les « dépendances » européennes doivent être « réduites ». Le secteur spatial se voit réserver un point spécifique également, aux côtés de l’industrie de la défense. Et les projets importants d’intérêt européens communs (PIIEC) sont à l’honneur.
Selon une source diplomatique, les conclusions « bottent en touche » quand il est question d’autonomie. « Mais il faut célébrer le fait qu’elles existent » et qu'elles ne se cantonnent pas à appeler à un retour à la normale, a-t-elle ajouté.
Mercredi 30 septembre, les experts des États membres avaient abordé la question de l’autonomie stratégique dans le cadre de la préparation de conclusions du Conseil. Le concept poserait encore problème à plusieurs États membres, comme les pays du Nord. Les discussions auraient en outre porté sur une liste de nouveaux PIIEC et l’intégration du secteur touristique, à la demande des délégations du Sud.
Services et mise en œuvre
« Les discussions sur la manière d'améliorer le fonctionnement du marché unique se poursuivent depuis des années. Les enjeux sont bien connus », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Deux d'entre eux se détachent particulièrement. Tout d'abord, les obstacles qui subsistent, notamment dans le domaine des services. Et deuxièmement, les problèmes de mise en œuvre qui privent les entreprises des avantages d'un marché vaste et profond ».
Mme von der Leyen a rappelé l’annonce d’un rapport stratégique, programmé pour le 15 janvier (EUROPE 12563/13), et la présentation d’une mise à jour en 2021 de la stratégie industrielle présentée en mars (EUROPE 12561/8).
Numérique. Sans surprise, les Vingt-sept invitent la Commission à présenter, d'ici mars 2021, une 'boussole' globale pour le numérique présentant « les ambitions numériques concrètes de l'UE à l'horizon 2030 ».
Selon le Conseil européen, pour être souveraine sur le plan numérique, l'UE doit mettre en place un véritable marché unique, renforcer son aptitude à définir ses propres règles, à opérer des choix technologiques autonomes et à développer et déployer des capacités et des infrastructures numériques stratégiques.
À noter que « 20% » de l'aide financière du Plan de relance européen devra favoriser la transition numérique.
Mme von der Leyen a cité, pêle-mêle, l'importance d'investir dans « les données » industrielles et « l'intelligence artificielle » axée sur le facteur humain. Les fonds devront aussi promouvoir l'essor de technologies d'avenir (supercalculateurs, informatique quantique, microprocesseurs), accroître la capacité de l'UE à se protéger contre les cybermenaces et renforcer les compétences numériques.
Enfin, le Conseil européen appelle à la mise en place d'un cadre pour une identification électronique publique (e-ID) sécurisée, qui permette aux citoyens d'exercer un contrôle sur leur identité et leurs données en ligne.
Voir les conclusions : https://bit.ly/36xJGRb (Pascal Hansens et Mathieu Bion)