Répondre « par tous les moyens financiers, juridiques et politiques » envisageables à la détérioration du pluralisme des médias en Hongrie. C'est ce que le mécanisme européen de surveillance Media Freedom Rapid Response (MFRR) et la Fédération européenne des Journalistes (FEJ) attendent des institutions européennes.
Ces organisations ont interpelé les dirigeants de l'UE à plusieurs reprises ces derniers jours, en réaction au licenciement arbitraire, mercredi 22 juillet, de Szabolcs Dull, rédacteur en chef du site d'information indépendant hongrois Index.
Un évènement d'autant plus inquiétant, pour le MFRR et la FEJ, qu'il survient quelques jours après un sommet européen marqué par un recul sur les conditions d'octroi des fonds européens relatives à l'État de droit (EUROPE 12532/2).
« La plupart des médias en Hongrie sont maintenant contrôlés directement ou indirectement par le gouvernement tandis que les médias indépendants restants sont confrontés à une pression financière énorme [...] et à des campagnes de diffamation visant à saper leur légitimité », déplorent les deux organisations dans une lettre adressée, mardi 28 juillet, à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et au président du Conseil européen, Charles Michel (https://bit.ly/3hRKkLs ).
Responsabilité de l'UE. Dans une déclaration publiée mercredi 29 juillet, la FEJ pointe en effet du doigt la « responsabilité particulière » de l'UE dans la dégradation de la liberté de la presse en Hongrie.
« Jusqu'en 2014, le bureau public National Development Office, en tant que principal opérateur des fonds de l'UE, était l'un des plus grands annonceurs publics en Hongrie. Depuis 2014, ce bureau ayant été fermé, tous les fonds de l'UE sont gérés et distribués par le gouvernement hongrois », souligne l'organisation, se référant au volet consacré à la Hongrie (https://bit.ly/2PbxJXn ) d'un rapport publié il y a quelques jours par le Centre pour le pluralisme et la liberté des médias (EUROPE 12535/23).
La FEJ réclame donc qu'une enquête sur l'utilisation de ces fonds européens et la concentration de la propriété des médias en Hongrie soit ouverte.
Elle plaide en outre pour que des fonds européens soient débloqués afin de permettre aux journalistes qui ont démissionné d'Index en réaction au licenciement de Szabolcs Dull - plus de 70 à ce jour - de lancer un nouveau média indépendant.
Article 7. Le député roumain Dacian Cioloş, président du groupe Renew Europe au Parlement européen, a déploré lui aussi, au nom de son groupe, que la Hongrie continue à « tourner le dos » aux valeurs fondamentales de l'UE.
Dans une lettre adressée mercredi 29 juillet à Michael Roth, ministre allemand chargé des Affaires européennes, M. Cioloş a également évoqué la question du lien entre budget et État de droit (voir autre nouvelle) et a appelé la Présidence allemande à enquêter sur la situation d'Index.
Il a également demandé à Berlin d'accélérer la procédure de l'article 7 au Conseil (EUROPE 12405/5). « Actuellement, les auditions ne sont ni régulières ni structurées », a-t-il regretté.
Pour consulter la lettre : https://bit.ly/39Mtg6T (Agathe Cherki)