'Oui' à la sécurité alimentaire et à l’agriculture innovante et durable, 'non' à « l’idéologie » verte préjudiciable aux agriculteurs européens et au commerce transatlantique.
C’est en ces termes que des députés conservateurs européens et des personnalités des États-Unis, dont le Secrétaire d'État à l'Agriculture, Sonny Perdue, ont exprimé, mercredi 29 juillet, leurs préoccupations communes à l’égard de la stratégie de l’UE pour des systèmes alimentaires durables 'de la ferme à la table' (F2F).
Le message a été martelé lors d’une visioconférence organisée par le groupe CRE au Parlement sur le thème 'Sécurité alimentaire dans un monde post-Covid : innovation dans la stratégie de la ferme à la table'.
Sonny Perdue s'est dit « très préoccupé » par les stratégies 'F2F' et 'Biodiversité' de l'UE, qu'il juge « très prohibitives ». « Nous voulons développer notre commerce. Le protectionnisme est malsain pour l'Europe et les États-Unis », a-t-il déclaré.
Il a regretté qu'en Europe, « on dénigre nos denrées alimentaires alors que notre nourriture est aussi abordable et que nous donnons le choix au consommateur ».
Estimant que l'Europe a « oublié les agriculteurs », qu'elle les « prive d'outils », il a insisté sur l'importance de respecter à égalité les trois piliers du développement durable, sans oublier « la durabilité économique et sociale ».
Le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, a reconnu que les agriculteurs européens étaient très préoccupés et que l'amélioration des pratiques agricoles et une productivité moindre de l'agriculture européenne entraîneront davantage d'exigences pour les importations. Mais il s'est voulu rassurant.
« Ce n'est pas une barrière au commerce. L'UE est le plus grand producteur de denrées alimentaires. Elle est intéressée par le commerce avec les États-Unis et les autres pays. Le Green Deal n'est pas contre le commerce international. Il n'y a pas de controverse. Nous devrions agir ensemble pour accroître le commerce », a-t-il dit.
Réduire les besoins en importations n'est pas non plus du protectionnisme. « On a besoin de beaucoup de protéines pour l'alimentation animale. Le but est aussi d'augmenter la qualité de ces aliments », a expliqué le commissaire.
Selon lui, « les agriculteurs américains ne doivent pas être préoccupés par le Green Deal. Aucun agriculteur ne sera contraint d’atteindre les normes les plus élevées. Ils seront seulement encouragés à assurer une meilleure protection de l’environnement, à créer des alternatives à l'agriculture intensive ».
Et d'ajouter : « Ce ne sera pas facile, mais l’agriculture industrielle est productive à court terme, pas à long terme ».
La sécurité alimentaire demeure l'objectif primordial de la politique agricole commune, a-t-il rappelé. Il a estimé que la mise en œuvre des stratégies 'F2F' et 'Biodiversité' ainsi que leur impact sur les agriculteurs et leur compétitivité devraient être surveillés.
Pour l'Américain Jon Entine, directeur exécutif de The Genetic Literacy, la réduction de 50% de l'utilisation des pesticides d'ici 2030 est « une idée suspecte » et certaines propositions contredisent les objectifs de durabilité et de résilience. Il a fait observer que les États-Unis ont réussi à augmenter de 25% l'agriculture biologique tout en utilisant des pesticides.
Soulignant que les États-Unis ont été plus prompts à embrasser les biotechnologies, il a pointé du doigt le fait que l'UE a interdit les cultures OGM Bt, « mais exporte vers les pays en développement des produits qui endommagent le cerveau ». Selon lui, l'UE ne sera pas en mesure d'atteindre ses objectifs, puisque son point de vue est « idéologique » et non pas guidé par la prudence.
Sur la même ligne, l'eurodéputé espagnol Hermann Tertsch a estimé que les efforts devaient porter sur les moyens d'assurer la sécurité de l'approvisionnement alimentaire et d'empêcher l'effondrement économique des agriculteurs. « La Covid devrait nous aider à comprendre ce qui compte vraiment et éviter l'idéologie », a-t-il déclaré, fustigeant « les ONG ignorantes » pour ce qui est des technologies de l'innovation.
Le secrétaire général du parti CRE, Richard Milsom, s'est inquiété du risque que l'UE perde un avantage comparatif, « si elle s’obstine à refuser certaines nouvelles technologies, comme les OGM ».
Le commissaire a répondu que la Commission avait « une approche positive » et que les décisions étaient prises « sur la base de preuves scientifiques ». (Aminata Niang)