Les ministres de l’Agriculture des pays de l’UE ont estimé, lundi 20 juillet à Bruxelles, que les futures recommandations de la Commission européenne sur les objectifs de la stratégie 'de la ferme à la table' ne devaient pas retarder l’adoption des futurs plans stratégiques pour la politique agricole commune (PAC).
Ils ont aussi demandé des financements suffisants pour la PAC post-2020, compte tenu des nouveaux objectifs.
Lors de cette première réunion physique du Conseil de l'UE depuis la pandémie de Covid-19, les ministres de l'Agriculture ont débattu une nouvelle fois de la stratégie 'de la ferme à la table' et, notamment, des recommandations.
La Commission propose d’adresser à chaque État membre des recommandations qui devraient être prises en compte dans l'élaboration et l'approbation des plans stratégiques nationaux. Ces recommandations visent à aider les États membres à veiller à ce que les objectifs, notamment de la stratégie ‘de la ferme à la table’, soient pris en compte dans la présentation formelle des projets de plans stratégiques. Ces recommandations feront partie des critères à utiliser par la Commission pour évaluer et approuver chaque plan stratégique.
Le 8 juin, les ministres européens de l'Agriculture avaient fait part de leurs ’inquiétudes concernant l'impact que les stratégies 'de la ferme à la table' et 'biodiversité 2030' pourraient avoir sur la PAC (EUROPE 12501/9).
Lors du débat de lundi, les ministres ont encore demandé que la Commission présente une étude d'impact (économique, social et environnemental) sur les objectifs de la stratégie 'de la ferme à la table'.
Certains pays s'inquiètent des objectifs très ambitieux en matière de réduction de l'usage de pesticides et des risques qui y sont liés (-50%), de diminution du recours aux engrais et antibiotiques (-50%) ou de surfaces rendues à la nature (10 %).
La commissaire européenne à la Sûreté alimentaire, Stella Kyriakides, leur a répondu que les objectifs seront réellement contraignants, après une étude d’impact et l’adoption des propositions législatives par le Conseil et le PE.
Le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, a rappelé que, d'ici fin 2020, la Commission adressera à chaque État membre une série de recommandations sur leurs futurs ‘plans stratégiques’ (qui devraient entrer en vigueur en 2023) afin que ceux-ci intègrent une partie des objectifs fixés par le Pacte vert européen.
La Hongrie et la France ont demandé que les États membres soient associés à ce processus jugé « politique ».
Le nouveau ministre français de l'Agriculture et de l'Alimentation, Julien Denormandie, a admis (comme son homologue danois, par exemple) que le calendrier de préparation des plans stratégiques nationaux est serré. « Les recommandations de la Commission doivent nous parvenir assez tôt. Elles doivent être fondées sur une méthode harmonisée, avec des lignes directrices et des indicateurs communs et fiables », a-t-il dit. Il a plaidé pour des ‘garde-fous’ afin d'assurer la transparence du processus de validation politique. « Il faut un retour au Conseil sur l’état d’avancement de ces plans stratégiques », a conseillé la France. Certains pays, comme l’Estonie et l’Espagne, ont demandé à la Commission de faire preuve de souplesse dans le processus et de tenir compte des spécificités des pays de l’UE.
Plusieurs pays (Italie, Hongrie, République tchèque…) ont estimé que ces recommandations ne doivent pas être contraignantes. L'Italie s'est montrée « très perplexe » à propos de cette nouvelle approche et a prôné l'adoption de fonds de mutualisation pour surmonter les crises agricoles.
« On peut augmenter la part de la production biologique, mais il faut que le marché suive », a dit notamment la présidente du Conseil, la ministre allemande Julia Klöckner. Elle a appelé la Commission à présenter rapidement les recommandations en question et les études d’impact demandées. (Lionel Changeur)