La vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs fondamentales, Věra Jourová, et le Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, ont présenté, mercredi 10 juin, une série de mesures visant à faire face au phénomène de désinformation lié à la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12455/19).
Avec ce plan d’action - qualifié par Mme Jourová de « liste des tâches pour toutes les parties concernées, afin qu’elles intensifient leur travail » -, la Commission entend notamment obtenir des plateformes en ligne qu’elles se montrent plus transparentes et responsables.
La Commission assure, en effet, avoir « suivi de près », mais sans grand succès, les efforts fournis à sa demande (EUROPE 12457/32, 12479/9) par les plateformes depuis le début de la crise.
Programme « de suivi et de compte rendu »
« Nous ne savons rien de plus que ce que les plateformes veulent bien nous dire », a déploré à la presse Věra Jourová. « Ce n’est pas suffisant, elles doivent s'ouvrir et apporter davantage de preuves que les mesures qu'elles ont prises fonctionnent », a-t-elle ajouté.
La Commission entend donc lancer un programme « de suivi et de compte rendu ». Les plateformes seront invitées à lui communiquer des rapports mensuels sur leurs politiques et actions destinées à contrer la désinformation liée au nouveau coronavirus.
L’institution attend notamment des données sur les mesures prises afin de promouvoir l'information provenant des agences de santé, des autorités nationales et européennes et des médias professionnels ainsi que sur les actions entreprises pour limiter les placements publicitaires facteurs de désinformation sur la Covid-19.
TikTok rejoint les signataires du Code de bonnes pratiques
Ce programme de suivi sera mis en place dans le cadre du Code de bonnes pratiques de l'UE sur la désinformation (EUROPE 12104/1).
Mais il n’y sera pas limité : les plateformes n’étant pas actuellement signataires du Code ne font pas exception à la propagation de fausses nouvelles liées au coronavirus (EUROPE 12479/9) et seront de fait invitées à participer au programme, a indiqué la Commission.
La plateforme TikTok a notamment confirmé qu'elle signerait le Code de bonnes pratiques. « Elle conclura très prochainement les formalités », a précisé la vice-présidente de l'institution européenne. Des négociations avec le réseau WhatsApp sont également en cours.
La Commission avance en outre une série de recommandations visant à promouvoir l'indépendance et la pluralité des médias, ainsi que le travail des vérificateurs de faits et des chercheurs.
Elle invite entre autres les plateformes à mettre en place, en partenariat avec l'Observatoire européen des médias numériques (EDMO), un cadre permettant aux chercheurs d’accéder aux données des plateformes, « afin d'améliorer la détection et l'analyse de la désinformation ».
Renforcer l’action à l’international
Tout en soulignant les efforts déjà menés, la Commission et le Haut représentant ont enfin reconnu qu'il était nécessaire d’améliorer encore davantage la capacité de l'UE à transmettre, en temps utile, des « messages cohérents, homogènes et visibles » à l'échelle mondiale en mettant l'accent sur le voisinage immédiat de l'UE, l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine.
Ils proposent donc de renforcer la coopération avec les partenaires internationaux, y compris des organisations internationales, dont l'Organisation mondiale pour la santé (OMS), en matière de communication stratégique.
L’UE va soutenir la coopération et le partage des meilleures pratiques dans la lutte contre les opérations de désinformation et d'influence étrangère au niveau mondial.
Elle entend aussi intensifier le soutien à la promotion de l'accès à des informations fiables, à la lutte contre la désinformation et au travail avec les journalistes et les médias.
L'échange d'informations avec la société civile et le secteur privé dans les pays tiers sur la connaissance de la situation et l'évolution des menaces sera également renforcé. Pour toutes ces actions, les délégations de l’UE dans le monde seront mises à contribution.
Les actions de l’UE passent donc par la communication et la coopération et aucune mesure coercitive n’est envisagée, bien que la communication pointe du doigt les opérations d'influence ciblées et les campagnes de désinformation autour de la Covid-19 que mènent certains acteurs étrangers et pays tiers, « en particulier la Russie et la Chine ».
« Il est difficile d'imaginer que l’on a la capacité coercitive pour interdire ce qu’ils font. On ne l’a pas. On peut seulement lutter contre l’information qu’ils disséminent (…), mais on peut difficilement faire autre chose », a reconnu M. Borrell.
Pour consulter la communication : https://bit.ly/30A05BD (Agathe Cherki et Camille-Cerise Gessant)