À la demande des États membres, la Commission européenne a dressé, dans un long document interne publié mercredi 27 mai, l’impact sectoriel et territorial de la pandémie de Covid-19 ainsi que l’incidence de son plan de relance et les mesures prises durant la crise sur les États membres.
L’économie européenne s’est contractée fortement : le PIB réel de l’UE sera inférieur d’environ 14% au niveau enregistré au cours du même trimestre en 2019. Le deuxième trimestre voit le PIB européen chuter de 7,4% en 2020 dans l'UE, avec une reprise partielle du PIB de 6,1% seulement attendue en 2021.
Les secteurs touristiques, culturels et les économies sociales et de proximité sont de loin ceux qui ont le plus souffert de la crise, avec une chute du chiffre d’affaires de près de 80% durant le deuxième trimestre 2020, à en croire les annexes du document. L’industrie automobile a essuyé, durant cette période, une chute d’environ 60% de son chiffre d’affaires, indique la Commission européenne, suivie de la construction, des secteurs à forte consommation énergétique et du textile (environ -50%). Les secteurs du numérique et de l’énergie renouvelable seraient les moins touchés.
Si on regarde les pertes totales, le tourisme représente 26,4% des pertes, suivi de la construction (17,4%) et du secteur de la mobilité et des transports (14,1%). La Commission consacre un encart dédié à la mobilité, rappelant que ce secteur est l'écosystème le plus intégré dans les chaînes de valeur intracommunautaires, car elle dépend pour près de la moitié de sa production totale (45,3%) des chaînes de valeur transfrontalières au sein du marché unique, d'où son exposition à la crise. Les énergies renouvelables représentent 0,4% des pertes totales et le secteur du textile environ 1,9%.
Les perspectives les moins favorables sont celles de l'écosystème du tourisme, explique la Commission européenne, suivies par les industries automobile et textile, avec un niveau de confiance historiquement bas. En revanche, les écosystèmes de la santé et du commerce de détail affichent des niveaux de confiance relativement élevés.
L’incidence de la pandémie est également très différenciée selon les États membres et les régions en fonction de la structure de l’économie, de la capacité d’investissement et de la dette publique. Sans surprise, les États membres et régions tributaires du tourisme sont fortement touchés. En conséquence, les pertes de PIB en 2020 devraient être particulièrement importantes en Grèce, en Espagne, en Italie et en Croatie, soit environ 9,5% chacune, alors que les récessions se situent entre 6% et 7,5% dans la plupart des autres États membres. Il existe cependant aussi de fortes disparités entre régions : par exemple, en Italie ce sont bien les régions du Nord qui sont les plus touchées par rapport à celle du Sud. En Finlande, ce sont les régions de l’Ouest qui sont lourdement affectées (entre -22,4% et -25,6%).
La Commission note par ailleurs de grandes disparités entre États membres pour ce qui est de leur capacité à lisser les conséquences socioéconomiques. Ainsi, sur les 1 900 milliards d’euros d’aides d’État approuvées par la Commission pour lutter contre l’épidémie du Sars-CoV-2, l’Allemagne représente 996 milliards d’euros, soit environ 29% du PIB allemand et 52% de l’ensemble des aides d’État accordées, suivie de la France (environ 324 milliards d’euros, soit 13,4% du PIB) et de l’Italie (environ 302 milliards d’euros, soit 17% du PIB) et de la Belgique (54 milliards d’euros, soit 11%).
Un plan de relance avec une faible incidence sur les dettes
La Commission estime que son Plan de relance (voir autres nouvelles) n'augmentera pas de manière significative la charge de la dette pour les États membres. Les ratios de la dette par rapport au PIB devraient diminuer dans le groupe des États les plus endettés (-5) et dans celui des États les moins endettés (-3,25) d'ici 2024, par rapport au scénario de base.
À plus long terme, poursuit l’institution, les ratios d'endettement continuent de baisser dans le groupe des pays les plus endettés (-11 points de pourcentage) et dans celui des pays les moins endettés (-7 points de pourcentage d'ici 2030).
Dans le groupe des revenus les plus élevés, le ratio de la dette publique augmente légèrement à moyen terme, mais ne dépasse pas de plus de 1 point le niveau de référence ; d'ici 2030, le ratio de la dette par rapport au PIB devrait être revenu au même niveau que dans le scénario de référence, peut-on lire.
En outre, l’institution juge que les États membres dont le PIB par habitant est inférieur à la moyenne européenne seront ceux qui devrait connaître la plus forte croissance de l'activité économique à moyen terme, avec des niveaux de PIB 4,5 fois supérieurs au niveau de référence d'ici 2024 pour le groupe d'États membres présentant la dette moins élevée et 4,25 pour le groupe avec la dette plus élevée. Le groupe des pays ayant les niveaux de PIB par habitant supérieurs à la moyenne devrait connaître un coup de pouce plus faible, mais néanmoins positif sur le PIB, assure la Commission, d'environ 1,25% par rapport au niveau de référence d'ici 2024.
Pour consulter le document de travail de la Commission : https://bit.ly/2X7W8lk (Pascal Hansens)