Saluant le feu vert des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne à l’élaboration d’un Fonds de relance (EUROPE 12473/1), le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a estimé que la priorité est désormais d’identifier les écosystèmes industriels européens à financer, vendredi 24 avril, à l’occasion d’un échange avec la commission de l’Industrie du Parlement européen (ITRE).
« Nous devons, avant toute chose, nous concentrer sur ce qu’il faut financer, avant d’envisager de s’accorder sur l’instrument », a-t-il ainsi déclaré.
Selon lui, l’état actuel des analyses de la Commission permet d’identifier 14 écosystèmes industriels cohérents, représentant plus de 50% de la valeur ajoutée de l’Union. Parmi les écosystèmes les plus touchés, M. Breton a mentionné le tourisme, dont l’activité a baissé de 90 % sur le second trimestre (EUROPE 12471/6), l’économie de proximité, la distribution et les industries lourdes.
« Toutes ces analyses sont en cours de finalisation et seront consolidées en vue des échéances à venir », a-t-il assuré.
Un plan européen de relance industrielle. Rappelant la nécessité de renforcer les efforts déjà consentis par les institutions européennes, M. Breton a défendu la mise en œuvre d’un « plan européen de relance industrielle », soutenu par le futur Fonds de relance européen. Ce plan viserait notamment à accompagner la reconstruction de l’industrie de l’UE, mais aussi à réorganiser en profondeur les objectifs environnementaux, numériques et liés à la résilience de l'Union.
Pour parvenir à relever ces défis, le commissaire considère qu’il faut procéder d’urgence à « un changement radical de méthode dans notre approche de l’industrie en Europe », en adoptant une méthode qui s’articule autour des écosystèmes industriels européens, à l’instar de ce que propose la Commission dans sa stratégie industrielle présentée en mars (EUROPE 12443/7).
Au volet financement, le commissaire a rappelé que les besoins d’investissements sont estimés entre 1 500 et 2 000 milliards d’euros.
Répondant à une question de Manuel Bompard (GUE/NGL, français) sur la possibilité d’annuler la part des dettes des États membres détenue par la Banque centrale européenne en les transformant en dettes perpétuelles ou à très long terme, le commissaire a assuré que toutes les options étaient « sur la table ». Il a néanmoins précisé que la priorité est de traiter la dette résultant spécifiquement de la crise du Covid-19, tout en insistant sur la nécessité de permettre à chaque État membre de se financer de manière équitable.
Le Green Deal européen reste central. Interpellé par plusieurs eurodéputés sur la relation entre relance industrielle et respect des objectifs du Green Deal européen, M. Breton a préconisé « d'éviter le déclassement industriel de l'Europe », tout en accompagnant l'industrie dans une transition verte, digitale et résiliente.
Enfin, il a estimé que la crise du Covid-19 révèle « qu’on est allé sans doute trop loin dans la mondialisation » économique. Une tendance à la relocalisation s'annonce, selon lui, sans pour autant mettre fin à la globalisation.
« Il ne s’agit pas de tout relocaliser, mais d’être plus stratégique en fonction de nos intérêts », a-t-il ainsi déclaré. (Damien Genicot avec Agathe Cherki)