Le négociateur de l’UE sur la future relation avec le Royaume-Uni, Michel Barnier, a jugé « décevants » les résultats du dernier cycle de discussions avec Londres qui se sont tenues en vidéoconférence entre le 20 et le 24 avril.
Le négociateur a même affirmé à plusieurs reprises qu’aucun progrès dans des domaines clefs n’avait été fait et que le Royaume-Uni avait essentiellement « refusé de s’engager sérieusement » sur les points de la négociation les plus complexes, comme la pêche, les règles du jeu équitables ou la gouvernance globale de l’accord. Un mauvais résultat confirmé par Londres dans la foulée, le gouvernement ayant évoqué « des progrès limités dans la réduction des divergences entre nous et l’UE ».
Rappelant que le Royaume-Uni a décidé, pour le moment, de ne pas étendre la période de transition post-Brexit qui s’achève le 31 décembre 2020, le négociateur de l’UE a donc d’abord mis en exergue le contexte: « Il ne reste que 8 mois à peine » pour mener toute une série de chantiers qui, outre la négociation du partenariat économique, comportent aussi la bonne mise en œuvre de l’accord de retrait et de son protocole sur l’Irlande du Nord ainsi que la préparation aux « conséquences économiques négatives » qui ne manqueront pas de survenir, accord ou pas.
M. Barnier ne comprend donc pas que le Royaume-Uni « refuse d’étendre la période de transition tout en ralentissant dans le même temps les discussions dans les domaines importants ».
Il faudra « faire des progrès tangibles d’ici juin », notamment lors du prochain cycle du 11 mai, a dit le négociateur, juin étant la date butoir pour demander l'extension de la transition.
Sans remplacer la qualité d’échanges physiques, la négociation en vidéoconférence (40 rendez-vous sur la semaine) s’est bien passée, selon M. Barnier. Le gouvernement britannique a aussi évoqué des pourparlers « constructifs ».
Mais les deux parties n’ont pas surmonté les divergences. Michel Barnier a ainsi cité 4 grands obstacles, dont la pêche, domaine pour lequel Londres n’a encore fourni aucun document de négociations, mais aussi « l'égalité des conditions de concurrence ».
Sur la pêche, Michel Barnier a rappelé que, sans accord sur un dispositif « durable, équilibré et de long terme » sur l’accès mutuel aux eaux, « il n’y aura aucun accord sur le partenariat de commerce ». Or, sur la pêche, la déclaration politique prévoit qu’il faut s’entendre pour le 1er juillet.
Le « mandat de l'UE semble exiger que nous acceptions le maintien des quotas actuels convenus dans le cadre de la politique commune de la pêche. Nous ne pourrons progresser dans ce domaine que si le Royaume-Uni a le droit de contrôler l'accès à ses eaux à la fin de cette année », a rétorqué Londres.
Sur la concurrence équitable, à ce stade, le dialogue semble également impossible. « Notre accord de libre-échange, avec des droits de douane nuls, des quotas nuls sur tous les produits, signifierait un accès sans précédent pour le Royaume-Uni en tant que pays tiers », au marché unique.
L’UE doit donc aussi faire respecter « des normes sociales et environnementales élevées » et « prévenir les distorsions commerciales déloyales et les avantages concurrentiels injustifiés, par exemple sur les aides d'État ». Or, « cette semaine, le Royaume-Uni n'a pas réussi à s'engager de manière substantielle sur ces sujets », a dit Michel Barnier.
Londres refuse aussi le « postulat selon lequel l'interconnexion économique et la proximité géographique nécessitent des garanties solides ».
Sur ce point, Londres a aussi sa version : « le détail de l'offre de l'UE sur le commerce des marchandises » est « bien en deçà » des autres accords internationaux de libre-échange. Et « nous ne progresserons pas sur les dispositions dites 'd'égalité des conditions de concurrence' et de gouvernance tant que l'UE n'aura pas renoncé à imposer au Royaume-Uni des conditions qui ne figurent pas dans les autres accords commerciaux de l'UE ».
Un autre nœud est la gouvernance globale du partenariat, l’UE ayant proposé que tout soit réglé dans un seul accord, alors que Londres veut des accords sectoriels secteur par secteur, chacun avec ses propres modalités de gouvernance. Le cadre commun implique de reconnaître (par exemple, pour la coopération policière et judiciaire) la Convention européenne des droits de l’Homme ou la Cour de justice européenne, pertinentes, par exemple, « pour l'échange de données à caractère personnel », ce que Londres refuse.
Michel Barnier a estimé, malgré tout, qu’il était encore possible de surmonter ces difficultés lors des deux prochains cycles de mai et de juin, qu’il faudra utiliser « pour faire de vrais progrès ». (Solenn Paulic)