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Bulletin Quotidien Europe N° 12466
Sommaire Publication complète Par article 15 / 31
POLITIQUES SECTORIELLES / CohÉsion

La crise du Covid-19 montre plus que jamais la modernité et l'importance de la Politique de cohésion pour l'avenir de l'UE, selon Younous Omarjee

Alors que le Parlement européen s'apprête à voter, jeudi 16 avril, sur les nouvelles mesures dans le cadre de la politique de Cohésion pour répondre à la crise du Covid-19 (voir autre nouvelle, EUROPE 12460/3), EUROPE est revenue avec l'eurodéputé français Younous Omarjee (GUE/NGL), président de la commission du développement régional (REGI) et rapporteur au Parlement sur les deux paquets de mesures sur le rôle cardinal de la Politique de cohésion pour répondre aux enjeux sanitaires et économiques actuels et de demain. (propos recueillis par Pascal Hansens)

Agence Europe - Les États membres ont réussi à trouver un accord au sein de l’Eurogroupe autour d'une aide de 540 milliards d’euros pour répondre à la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12465/2). Est-ce suffisant selon vous ?

Younous Omarjee - On a vu ressurgir le réflexe des égoïsmes nationaux, comme lors de la crise financière de 2008 et avec la Grèce, où on a un certain nombre d’États du Sud qui font appel à la solidarité et qui se retrouvent coincés dans les logiques de l’orthodoxie budgétaire, alors que, dans l’année même du 'Brexit', l’Europe doit faire preuve de cohésion. L’intérêt général européen est bien plus présent dans les autres institutions européennes, à la Commission et au Parlement européen, qu’au Conseil.

Sur le fond de l’accord, c’est un début, mais ça risque très vite d’être insuffisant tant les conséquences de cette crise sont multiformes et peuvent entraîner un effondrement total des économies en Europe.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a convoqué un nouveau sommet le 23 avril. C’est tard. Ça laisse le temps que les choses puissent se retourner dans un pays.

La Commission a présenté deux paquets de mesures pour tirer un maximum profit des fonds structurels et d’investissements. Est-ce assez ou attendez-vous davantage ?

La Commission a été réactive et a répondu à nos demandes et à celles du Conseil. Elle a réfléchi en dehors des cadres rigides habituels en apportant le maximum de flexibilité pour que les fonds puissent être utilisés de la manière la plus rapide, la plus simple et la plus efficace.

Il y a eu une grande concertation entre la commissaire Ferreira (commissaire à la Cohésion - NDLR), nous et le Conseil. On apprend durant les crises. À mon avis, ce qu’on a mis en place sera très utile dans l’avenir, notamment dans les trilogues.

Est-ce qu’on a utilisé au maximum les flexibilités de la politique de cohésion, selon vous ?

On a été loin. Il faut aussi sauvegarder les principes qui fondent la cohésion. Pour l’instant, c’est le cas. On peut avoir encore quelques marges de manœuvre.

Pour nous, la principale préoccupation porte sur ce qui va se passer sur la prochaine année de programmation. Nous demandons plus que jamais à la Commission européenne de prévoir un règlement transitoire.

Jusqu'il y a peu, elle avait pourtant l’air d'être plutôt contre cette idée…

C’était avant le Covid-19. Tout a changé maintenant. La Commission doit être pragmatique. On attend une proposition rapide, comme elle l’a fait pour la Politique agricole commune.

La présidente de la Commission a annoncé dernièrement qu’elle voulait faire du cadre financier pluriannuel le nouveau ‘Plan Marshall’ pour relancer l’économie européenne à la sortie de la crise. Est-ce que, selon vous, la politique de cohésion aura un rôle clé à jouer ?

Plus que jamais ! D’ailleurs, on voit bien que la politique de la cohésion est la plus en capacité d’intervenir pour atténuer l’impact de la crise sanitaire. Elle a répondu présente et de manière massive.

On va se retrouver dans une programmation 2021-2027 où le visage de l’Europe sera défiguré, où les fractures territoriales seront aggravées, où l’UE va connaître une récession sans précédent dans son histoire. Il faudra impérativement soutenir l’investissement, l’emploi et les entreprises. Qui peut le faire ? C’est la politique de cohésion !

Certains craignent que les propositions faites pour l’année 2020 dans le cadre de la crise - forte centralisation des décisions, très grande flexibilité - se retrouvent dans la future politique de cohésion qui deviendrait une sorte de « trousse de secours » pour tout et n’importe quoi. Qu’en pensez-vous ?

Ça fait partie des garde-fous qu’on a posés dès le départ dans l’acceptation des demandes de la Commission européenne. Ces mesures d’urgence s’inscrivent dans un contexte. Elles ne doivent pas venir altérer les principes qui gouvernent la politique de cohésion.

Il est bien évident qu’il y a une nécessité pour la politique de cohésion de se moderniser. C’est une politique, en fait, qui est en capacité de s’adapter à un contexte économique et social très mouvant.

Nous en avons fait la preuve pendant la crise du Covid-19 et nous en tirons évidemment les conséquences dans les futures négociations. Il faudra amplifier cette politique !

Amplifier, c’est-à-dire ?... Faudra-t-il aller au-delà des propositions qui avaient été faites en mai 2018 ?

En termes budgétaires, clairement ! De manière générale, on ne peut pas concevoir un Plan Marshall avec un petit budget et de grandes coupes. La Commission européenne a une grande responsabilité dans la situation actuelle : lorsqu’elle avait présenté sa toute première proposition, elle avait elle-même fait le deuil d’un budget ambitieux en proposant un budget bas dès le départ.

La politique agricole, comme la politique de cohésion, se retrouve au centre de l'action européenne avec le Covid-19. Ce sont des politiques qui sont loin de faire partie des politiques du passé et qui sont plus que jamais des politiques pour préparer l’avenir.

Plus la Commission européenne ira loin sur le plan budgétaire, mieux ce sera. On n’a pas étudié jusqu’à présent toutes les possibilités de ressources et d’appui budgétaires. On est dans un moment où il faut sortir du cadre et rechercher de nouvelles solutions. Je fais partie de ceux qui sont favorables à ce que la BCE, non seulement puisse prêter aux États membres, mais aussi à l’Union européenne.

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