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Bulletin Quotidien Europe N° 12453
RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / Climat

Le Green Deal européen sous la pression du coronavirus

Outre ses terribles conséquences humaines et sanitaires, la pandémie de Covid-19 pourrait également avoir un impact sur la mise en œuvre du Green Deal européen et, plus largement, sur les ambitions climatiques de l’Union européenne. S’agira-t-il d’un impact plutôt positif ou négatif ? S’il semble aujourd’hui impossible d’apporter une réponse définitive à cette question, les facteurs entrant en considération étant nombreux, EUROPE a exploré quelques pistes.

Les émissions en baisse

Un effet d’ores et déjà observable du coronavirus sur l’environnement est son impact sur les émissions de CO2 et la pollution de l’air.  

Selon les dernières données scientifiques, la pandémie entraîne actuellement une baisse des émissions de CO2 et de NO2 due au ralentissement industriel ainsi qu’à la chute des déplacements en avion et en voiture.

Le Centre for Research on Energy and Clean Air estime ainsi que les émissions de CO2 en Chine ont diminué d’au moins un quart entre le 3 février et le 1er mars comparé à 2019. 

En Europe, l'industrie allemande devrait émettre 10 à 25 millions de tonnes de CO2 de moins qu’en période d’activité normale, a estimé le groupe de réflexion Agora Energiewende.

En ce qui concerne les émissions de NO2 en Chine, l’observatoire de la Terre de la NASA a calculé qu’elles avaient baissé de 10% à 30% par rapport à la même époque en 2019, d’abord autour de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie, puis dans le reste du pays.

Dans le nord de l’Italie, le service de surveillance de l’atmosphère Copernicus (CAMS) a observé une baisse progressive des concentrations de NO2 d’environ 10% par semaine entre mi-février et mi-mars.

Néanmoins, aux yeux de certains, malgré ces quelques effets positifs de court terme pour l’environnement, la pandémie représente en réalité une menace pour le Green Deal.

C’est notamment l’avis de Suzana Carp, membre du groupe de réflexion (‘think tank’) Sandbag, et de François Gemenne, chercheur et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Selon ce dernier, « la pandémie du coronavirus risque d’être une catastrophe pour le climat, à long terme ».

Un risque de rebond des émissions  

Une fois la crise passée, il y a en effet un risque que les émissions de gaz à effet de serre reprennent de plus belle avec la relance de l’activité économique, alerte M. Gemenne, soulignant que « les émissions ont toujours tendance à rebondir après une crise ».

« Une série de gouvernements vont chercher à sauver leurs industries par leurs plans de relance, notamment les industries fossiles, qui pâtissent fort de cette crise », a-t-il ainsi déploré.

Et d’insister : « Le climat a besoin d'une baisse soutenue et régulière des émissions de gaz à effet de serre, pas d'une année ‘blanche’ ».

Le Green Deal occulté ?

Mme Carp et M. Gemenne craignent en outre que la crise du coronavirus puisse conduire à une remise en cause du Green Deal au nom de la relance économique.

Une crainte que partage Sofía López Piqueres, analyste de la politique climatique et énergétique pour le groupe de réflexion ‘European Policy Centre’.

« Étant donné que le Conseil européen s’est avéré inefficace dans le passé, lorsqu’il a dû faire face à plusieurs crises en même temps, le risque du contexte actuel est que ses membres les plus réactionnaires, tels que le Premier ministre tchèque, Andrej Babiš, parviennent à imposer pleinement leur vision et à faire dérailler les efforts européens en matière de climat », nous a-t-elle confié.

Lors d’un entretien récent avec des journalistes, M. Babiš a en effet déclaré que « l’Europe devrait oublier le Green Deal maintenant et se concentrer plutôt sur le coronavirus ».

Selon Mme Carp, il était prévisible que « des hommes politiques allaient utiliser le coronavirus de manière opportuniste pour tenter de s’éloigner des ambitions climatiques de l’UE ».

Et d’ajouter : « Pourtant, ce que le coronavirus nous enseigne, c’est qu’au plus tôt on agit, au plus on minimise les dégâts. C’est également valable pour la crise climatique, qui n’en est d’ailleurs plus à ses débuts ».  

Chute du prix du carbone. Autre conséquence indirecte de la crise du coronavirus : le prix du carbone dans le cadre du système d'échange de quotas d'émission de l’UE (ETS) s'est effondré au cours des deux dernières semaines de près de 40%, s’élevant à 15,45 euros/tonne le 23 mars, son niveau le plus bas depuis deux ans. 

Cette chute s’explique principalement par le fait que nombre d’entreprises industrielles ont désormais besoin de moins de permis pour couvrir leurs émissions, étant donné que ces dernières ont baissé en raison du ralentissement de l’activité industrielle (et donc de la consommation d’énergie) due au coronavirus.

En outre, les crédits carbone peuvent être mis en banque et utilisés à tout moment dans le futur. Il y a donc un risque d’accumulation de permis de carbone de réserve, ce qui contribuerait à maintenir un prix carbone bas.

Or, il est largement admis que, pour être efficace, le prix du carbone doit atteindre au moins 30 euros par tonne.

Il existe bien un mécanisme destiné à absorber une surabondance de permis, appelé ‘Réserve de stabilité du marché’ (RSM), mais celle-ci a été conçue pour gérer les excédents accumulés au fil des ans.

« La configuration actuelle du système ETS, et de la RSM en particulier, n'est pas adaptée pour faire face aux excédents de permis actuels ou futurs dus, par exemple, au coronavirus », nous a ainsi confié Kaisa Amaral, membre de l’ONG ‘Carbon Market Watch’.

Dans un communiqué publié le 23 mars, le groupe de réflexion ‘Centre on Regulation in Europe’ (CERRE) estime pour sa part que « le système européen d'échange de quotas d'émission (SCEQE) est certainement l'instrument de politique climatique le plus exposé au choc du Covid-19 ».

Selon le CERRE, une nouvelle proposition visant à stabiliser le système de tarification du carbone doit, par conséquent, être en tête de « l'agenda post-Covid-19 de la Commission européenne ». (Damien Genicot)

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