Les députés européens ont été nombreux à déclarer, mardi 10 mars à Bruxelles, que les différentes crises (migratoire, épidémie liée au coronavirus) rendaient plus nécessaire que jamais l’adoption du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE pour 2021-2027. Mais ils ont rappelé qu’ils n’adopteraient pas un mauvais accord sur le prochain CFP (EUROPE 12432/6).
« Nous devons poursuivre les efforts politiques et les consultations avec les États membres pour voir dans quelle mesure nous pouvons de nouveau organiser un sommet au cours duquel nous aboutirions à un accord » sur le prochain CFP, a déclaré Charles Michel, le président du Conseil européen.
Il a rappelé l’impossibilité de trouver un accord sur le CFP 2021-2027 lors des négociations entre dirigeants de l’UE, les 20 et 21 février derniers (EUROPE 12431/1).
Les divergences de vues subsistent, a reconnu M. Michel, évoquant les pays qui veulent plafonner le CFP à 1% du RNB de l’UE et ceux qui estiment que ce montant est insuffisant. Certains pays jugent essentiels les budgets de la cohésion et de la politique agricole commune (PAC) alors qu’il faut tenir compte aussi des nouvelles politiques et priorités, a dit en substance le président Michel. Il a rappelé qu’il fallait l’unanimité au Conseil et que le PE « doit s’exprimer sur le sujet, aussi bien sur les chiffres que sur les programmes législatifs ».
Maroš Šefčovič, au nom de la Commission européenne, a rappelé le manque à gagner de 75 milliards d’euros en raison du Brexit. Les contributions nationales vont augmenter, a-t-il résumé.
Il a défendu un budget « ambitieux » pour l’Europe, « avec des enveloppes conséquentes ». Sinon, d’après lui, ce sont les budgets nationaux qui risquent, en fin de compte, de « payer les pots cassés ». Maroš Šefčovič a rappelé qu’il fallait souvent deux sommets pour arriver à un accord. « Faisons en sorte que le second soit une réussite et qu’il se tienne rapidement », a-t-il espéré.
José Manuel Fernandes (PPE, portugais) a une nouvelle fois signalé que le PE aurait rejeté l’accord tel qu’il a été présenté sans succès aux chefs d’État ou de gouvernement de l’UE. Il a fustigé les baisses de crédits prévues pour la cohésion, la PAC, Erasmus, Frontex. « Comment avoir une UE performante dans ces conditions ? » Le budget recherche est primordial aussi dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. « Si l’accord n’est pas bon, nous le rejetterons », a signalé M. Fernandes.
Iratxe García (S&D, espagnole) préfère qu’il n’y ait pas d’accord plutôt qu’un mauvais accord. « Si le Conseil retarde encore la conclusion d'un accord, nous devons mettre en place un filet de sécurité pour protéger tous les bénéficiaires des programmes de l'UE à partir du 1er janvier 2021 », a demandé Margarida Marques (S&D, portugaise).
Il y aura un CFP uniquement lorsqu’il sera à la hauteur de nos ambitions politiques, a renchéri Dacian Cioloş (Renew Europe, roumain).
Joachim Kuhs (ID, allemand) a estimé qu’il ne fallait pas suivre la logique des 1,3% du RNB défendue par le PE. Selon lui, « le club des frugaux va avoir la main et asseoir sa position ».
Rasmus Andresen (Verts/ALE, allemand), lui aussi, a protesté contre la réduction des fonds consacrés aux réfugiés. Il se demande par ailleurs comment le Pacte vert européen va être financé.
Selon Roberts Zīle (CRE, letton), s’il y a des coupes dans la PAC et la cohésion, certains États vont être perdants.
« Les dirigeants ne sont pas à la hauteur des circonstances », a lancé Dimítrios Papadimoúlis (GUE/NGL, grec), qui a fait référence à la crise migratoire et regretté le blocage au Conseil sur le ‘paquet asile’. « Nous n’allons pas adopter le CFP avec le pistolet sur la tempe », a-t-il mis en garde, tout en appelant tous les groupes politiques au PE à rejeter la proposition actuelle sur la table du Conseil (1,07%). (Lionel Changeur)