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Bulletin Quotidien Europe N° 12443
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / SantÉ

Le Parlement européen veut plus de coordination et de solidarité sur le coronavirus

Bien que la session plénière ait été écourtée, le Parlement européen, dont l'hémicycle était quasiment vide, a tout de même consacré, mardi 10 mars, près de 3 heures de débat à la question du coronavirus, estimant que l'Europe devait faire davantage pour répondre à cette crise totalement inédite.

Les députés n'ont toutefois pas eu l'occasion de clôturer leurs débats par une résolution, comme c'était prévu initialement. Ils devraient voter lors de la prochaine session plénière, session que la conférence des présidents a choisi de transformer en une mini plénière de deux jours, les 1er et 2 avril seulement (voir autre nouvelle).

Lors du débat en séance plénière, chaque député a donc évoqué ses propres préoccupations. Mais tous ont appelé à davantage de solidarité vis-à-vis des régions les plus touchées, d'autant que tous les États membres comptent désormais au moins un cas de coronavirus sur leur territoire.    

L'impact financier particulièrement craint

Le débat a mis en avant de véritables inquiétudes quant à l'impact économique du coronavirus, que le commissaire à la Gestion des crises, Janez Lenarčič a qualifié de « significatif ». « Nous sommes conscients que des événements exceptionnels requièrent des mesures exceptionnelles », a-t-il indiqué, soulignant dans un premier temps l'existence de « stabilisateurs automatiques qui peuvent atténuer une bonne partie des chocs », la possibilité de « fournir des liquidités aux petites et moyennes entreprises » tandis que « le pacte de stabilité et de croissance fournit des flexibilités pour répondre à des événements inhabituels ». 

Du côté des députés, le président de la commission 'Environnement et Santé publique' (ENVI) du PE, Pascal Canfin (Renew Europe, français), a mis en avant deux enjeux : à court terme, il faut des liquidités pour les entreprises et, à long terme, un paquet de relance budgétaire qui doit faire le lien avec le Green Deal, a-t-il indiqué.

Sur les mesures budgétaires, le chef du groupe PPE, Manfred Weber (allemand), s'est dit opposé à une modification du pacte de stabilité et de croissance, lui préférant une « application souple ». La présidente du groupe S&D, Iratxe García Pérez (espagnole), a appelé à des mesures qui permettent de stimuler l'activité économique et de faire face aux conséquences du coronavirus, évoquant des « outils fiscaux et budgétaires supplémentaires ». 

Nombreux sont les députés qui ont appelé à une intervention de la Banque européenne d'investissement (BEI). Ces députés étaient issus des groupes PPE, CRE, Non-Inscrits ou S&D. L'eurodéputée Joanna Kopcińska (CRE, polonaise), quant à elle, a appelé à mobiliser le Fonds de solidarité. 

Davantage de coordination sur le volet sanitaire

Plusieurs députés ont critiqué la réponse européenne depuis le début de la crise. « J'ai honte de l'Europe qui a du mal à réagir à ce qui ressemble à une guerre, honte de cette Europe inefficace et absente », a indiqué Silvia Sardone (ID, italienne). D'autres eurodéputés, moins virulents, se sont toutefois dits surpris du manque de coordination au niveau européen, s'étonnant que les États membres fixent des seuils différents pour l'interdiction des rassemblements de masse. « Est-on passé de l'échange d'information à une prise de position commune ? », a interrogé Pascal Canfin. « Pourquoi n'a-t-on pas de protocole unique ? », a demandé pour sa part Piernicola Pedicini (Non Inscrit, italien).

La commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, a assuré que l'Union européenne faisait tout ce qui était en son pouvoir pour répondre à la crise. « Non, on n'apprend pas les nouvelles par les médias, le comité de sécurité sanitaire nous informe régulièrement », a-t-elle affirmé, ajoutant qu'elle était en contact permanent avec les autres commissaires, qu'elle tenait une vidéoconférence trois fois par semaine avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l'Agence européenne des médicaments (EMA) et que le comité de sécurité sanitaire avait déjà tenu dix réunions. Elle a aussi indiqué qu'elle avait reçu ce matin toutes les réponses au marché public pour l'achat en commun de matériel de protection individuelle et qu'elle examinait « la possibilité de lancer la même action sur les équipements médicaux (respirateurs et kits de dépistage) ».

Crainte de pénuries et dépendance des pays tiers

Tout comme l'avait déjà fait la commission ENVI début mars, le Parlement européen s'est inquiété de la dépendance de l'Europe envers la Chine et l'Inde pour la production de médicaments (EUROPE 12440/6), ce que Mme Kyriakides a largement reconnu. « Cela fait partie des missions que m'a confiées la présidente de la Commission européenne », a-t-elle indiqué, promettant que la stratégie pharmaceutique prévue pour la fin de l'année s'attaquerait à cette question.

Les députés ont également souligné que cette dépendance risquait, à terme, de mener à des pénuries d'équipement, voire de médicaments. Plus tôt dans la journée, l'Agence européenne des médicaments avait reconnu que, bien qu'aucun problème n'eut encore été signalé jusqu'alors, ce type de problèmes ne pouvait être exclu au fur et à mesure de l'évolution de l'épidémie.

Pour de nombreux députés, la crise du Covid-19 pousse à questionner l'organisation des systèmes de santé. Manon Aubry (GUE/NGL, française) a dénoncé des hôpitaux déjà sous asphyxie. Pour Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise), cela remet en question nos systèmes de santé fragilisés et nous met devant les yeux le besoin d'une Europe sociale. 

Le format limité de la plénière en question

Alors que l'idée de limiter la plénière à un seul jour à Bruxelles n'a pas été au goût de tous, comme l'a bien mis en avant Roman Haider (ID, autrichien), plusieurs députés, comme Michèle Rivasi (Verts/ALE, française), ont appelé le président du Parlement à aller encore plus loin et à fermer totalement le bâtiment pendant deux semaines. « Nous, eurodéputés, nous sommes des super-propagateurs », a-t-elle indiqué. 

Pour sa part, le président du Parlement européen, David Sassoli, avait pris la décision de se mettre lui-même en quarantaine après s'être rendu en Italie (à Rome) le week-end dernier. (Sophie Petitjean)

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