Un certain nombre d’eurodéputés ont demandé, mardi 10 mars, aux États membres de l'UE de faire preuve de solidarité avec les migrants et réfugiés présents à la fois à la frontière gréco-turque et dans les îles grecques.
Alors que des voix discordantes se faisaient aussi entendre dans l’hémicycle lors de ce débat consacré à la crise gréco-turque déclenchée fin février, en particulier dans les rangs de l’extrême droite, ces élus, issus des Verts/ALE, mais aussi du S&D, de la GUE/NGL ou de Renew Europe, ont appelé les Vingt-sept à accueillir ces personnes et à finaliser le système d’asile commun européen.
Un régime d’asile pour lequel les chefs d’État « n’ont rien fait ces quatre dernières années », a déploré la Néerlandaise Sophie in’t Veld (Renew Europe). « Et maintenant, acculés par (Recep Tayyip) Erdogan, ils versent des larmes de crocodile », a dénoncé la libérale, qui a appelé l’UE à profiter de cette crise « pour être meilleurs », à la fois en relocalisant ces personnes et en renégociant un accord avec le président turc qui soit contrôlé « par le droit européen et le PE ».
Alors que 20 000 personnes seraient à la frontière entre la Grèce et la Turquie et que près de 40 000 personnes se trouvent déjà dans les îles grecques, des groupes politiques comme celui de Tineke Strik (Verts/ALE, néerlandaise) ont aussi exhorté les Vingt-sept à relocaliser ces personnes entre les États membres, « si l’on veut faire une politique sérieuse ».
La députée a déploré le fait que l’UE « cherche à défendre ses frontières » plutôt que de se demander comment « protéger nos réfugiés à nos frontières et dans nos îles ».
La présidente du groupe S&D, l’Espagnole Iratxe García, quant à elle, a appelé les députés à ne pas faire de récupération politique de la situation et à s’occuper des réfugiés, des personnes « vulnérables » en quête d’une solution.
Elle réagissait notamment aux propos de Manfred Weber, le chef de file du PPE, qui a estimé que le gouvernement grec de Kyriákos Mitsotákis (PPE) gérait désormais bien les frontières grecques, contrairement au gouvernement d’Alexis Tsipras (GUE/NGL).
Intervenue au début de ce débat, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a souligné que la situation était « grave » et « urgente ».
L’UE doit « protéger ses frontières extérieures, c’est essentiel, mais il est tout aussi essentiel de défendre les valeurs, dont le droit à l’asile », a réagi la responsable, alors qu’Athènes a suspendu pour un mois les dépôts de demandes d’asile. Et il est « possible de faire les deux ».
Elle est revenue sur la problématique des jeunes mineurs migrants dans les îles grecques, dont la moitié ont « moins de 14 ans ». « Beaucoup de jeunes disparaissent » et tombent dans les réseaux criminels, parfois d’exploitation sexuelle.
« Je lance un appel à tous les États membres » pour les accueillir, a exhorté la commissaire alors qu’à ce stade, cinq États membres se sont engagés à accueillir de 1 000 à 1 500 mineurs sur leur territoire, sur les 5 000 comptabilisés dans les îles grecques. (Solenn Paulic)