Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, est arrivé lundi 9 mars à Bruxelles pour une rencontre avec les responsables européens Ursula von der Leyen et Charles Michel destinée notamment à remettre à plat la Déclaration UE/Turquie du 18 mars 2016 après la crise récente déclenchée à la frontière gréco-turque ayant fait affluer vers l'UE des milliers de personnes.
Pour le président du Conseil européen, Charles Michel, cette rencontre devait ainsi permettre de rappeler au président turc qu’il est « important pour nous de mettre en œuvre cet accord », a-t-il déclaré à l’entame de cette réunion. « Il y a une volonté d’avoir un dialogue ouvert et direct avec Ankara pour voir comment on peut, de part et d’autre, mettre en œuvre cet accord ».
Mais les trois dirigeants devraient aussi évoquer la situation régionale et la crise en Syrie et « voir comment on peut apporter plus de stabilité dans la région », a ajouté le président du Conseil.
De son côté, le président turc a dit attendre un « soutien concret de nos alliés de l’OTAN », lors d’une déclaration aux côtés du Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qu’il avait rencontré plus tôt dans la journée.
Soulignant que son pays abrite 3,7 millions de réfugiés, M. Erdogan en a profité pour critiquer la Grèce et ne « permettra » pas que le pays « utilise la situation et la Turquie pour manipuler l’UE et obtenir des gains pour lui-même », a-t-il dit.
Dix jours après la ‘rupture’ de ce Pacte par Ankara, il s’agissait donc, lundi soir, de discuter de la poursuite de cette coopération lancée en 2016 qui repose sur une action du gouvernement turc contre l’immigration irrégulière de la Turquie vers la Grèce en échange d’argent pour prendre en charge les réfugiés sur le sol turc.
Les modalités financières pour faire perdurer cet accord, qui portent actuellement sur 6 milliards d’euros jusqu’à la fin 2020, devaient aussi être abordées lundi soir, comme Ursula von der Leyen l’a elle-même indiqué lors de sa conférence des 100 premiers jours (voir autre nouvelle).
La présidente a par ailleurs défendu cet accord de mars 2016 conclu dans la foulée de la crise migratoire apparue en Grèce et en Italie en 2015. Pour Mme von der Leyen, les principes de cette coopération sont « bons ».
« C’est une bonne construction de manière générale, car il y a une responsabilité partagée », a-t-elle répondu aux journalistes ; d’une part, « l’immigration irrégulière n’est pas tolérée, mais (il existe) des corridors humanitaires pour les Syriens de la Turquie vers l’UE », a-t-elle justifié, soulignant d’ailleurs que la partie « réinstallation de réfugiés » vers l’UE avait davantage fonctionné que la partie « retour » de l’accord.
Selon les données de la Commission datant d’octobre 2019, la Grèce avait effectué 1 908 retours de demandeurs d’asile syriens vers la Turquie depuis mars 2016 et, depuis 2016, l’UE a réinstallé 25 000 personnes provenant de Turquie (dans 18 États membres).
Mais cet « accord a été prévu pour une durée limitée ; il faut donc discuter d’un cadre plus large », a poursuivi la présidente. Cette discussion avec le président Erdogan n’aboutira toutefois pas « en un soir, il faudra de nouvelles discussions ces prochains jours, ces prochaines semaines », a-t-elle ajouté, mais la priorité pour l’heure est de « tout faire pour garantir le retour au calme » après la « vitesse » à laquelle les flux de migrants se sont formés vers l’UE après l’annonce de l'ouverture des frontières européennes.
Cinq États membres disposés à soulager la Grèce de ses ‘mineurs non accompagnés’
La présidente de la Commission a par ailleurs confirmé qu'à ce stade, cinq pays membres s’étaient portés volontaires pour accueillir des migrants mineurs non accompagnés actuellement présents sur les îles grecques.
Sur 5 000 mineurs enregistrés sur les îles de la Mer Égée, la France, l’Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et la Finlande se sont entendus pour en prendre entre 1 000 et 1 500, selon l’AFP, un chiffre que Mme von der Leyen n’a cependant pas voulu confirmer.
Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, avait appelé à une coalition de pays volontaires pour soulager Athènes et prendre en charge des mineurs isolés, lors de la réunion des ministres de l’Intérieur du 4 mars (EUROPE 12439/1). La présidente s’en était ensuite entretenue avec le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, et avait à son tour annoncé cette aide vendredi 6 mars (EUROPE 12441/2). (Solenn Paulic)