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Bulletin Quotidien Europe N° 12442
ACTION EXTÉRIEURE / Ouganda

L'économie ougandaise est prête à faire des affaires avec l'UE

Le gouvernement ougandais est « pleinement impliqué » pour stimuler les échanges commerciaux et les investissements avec l'Union européenne et exploiter les « opportunités » encore inexploitées, a déclaré la ministre ougandaise du Commerce, Amelia Kyambadde, lundi 9 mars à Kampala, à l'ouverture du Ier Forum entrepreneurial entre l'Ouganda et l'Union européenne.

Le jour même, la Commission européenne a présenté ses idées pour un partenariat continental renouvelé entre l'UE et l'Afrique (EUROPE 12442/1). 

C'est un fait : l'économie ougandaise - services (44%), industrie (27%) et agriculture (22%), selon des chiffres de 2018/19 - est en expansion et se diversifie. Les principales exportations ougandaises de marchandises vers l'Europe ont augmenté de 8,7% sur les cinq dernières années, les destinations privilégiées étant l'Italie, les Pays-Bas, la Belgique et l'Allemagne.

Il s'agit surtout de biens non manufacturés - café (8e exportateur mondial, premier exportateur africain), fleurs, fruits et légumes - dont la valeur ajoutée est moindre que celle des importations d'Europe, a fait remarquer madame Kyambadde.

Pour équilibrer une telle situation, l'économie ougandaise est appelée à créer de la valeur ajoutée sur son territoire et les investissements étrangers, qui permettent les transferts de technologies, y contribuent.

L'Ouganda tient à faire valoir la stabilité politique du pays et le bon climat des affaires qui attirent des entreprises du monde entier, notamment d'Asie. Il n'est « pas surprenant qu'entre 2010 et 2018, l'Ouganda ait représenté à lui seul 13% des investissements directs étrangers sur les onze pays d'Afrique de l'Est », a souligné le Premier ministre du pays, Dr Ruhakana Rugunda. Les investissements des Européens proviennent surtout des Pays-Bas, d'Italie, de France et d'Allemagne.

Mme Kyambadde a aussi évoqué une économie totalement « libéralisée », qui fait, selon elle, l'envie de plusieurs de ses homologues africains.

Développement durable. L'une des particularités de l'Ouganda est d'avoir été l'un des premiers pays africains à déployer une stratégie assumée de croissance économique durable d'un point de vue environnemental.

Responsable de l'Autorité de planification nationale, Pamela Mbabazi a cité plusieurs secteurs innovants où les compétences et les technologies des Européens seront appréciées, parmi lesquelles l'urbanisme, la production durable d'énergie (exemple : irrigation via l'énergie solaire), la mobilité et le tourisme responsable. Selon elle, investir dans les domaines identifiés par la stratégie permettrait de créer 4 millions d'emplois, de générer 3 dollars pour 1 dollar investi et d'accélérer encore de 10% une croissance annuelle que Mme Kyambadde a chiffrée à hauteur de « 6,5% » du PIB ougandais.

Mardi, le forum entrepreneurial sera d'ailleurs l'occasion de lancer officiellement la plateforme SB4U pour l'entrepreneuriat durable en Ouganda, initiative qui réunira le gouvernement et le secteur privé ougandais et l'Union européenne dans le but d'envisager comment améliorer encore le climat des affaires dans le pays.

« Injecter des capitaux privés soutient la croissance économique, crée des emplois, protège l'environnement et aide à lutter contre le changement climatique », a considéré Koen Doens, directeur général à la Coopération et au Développement au sein de la Commission européenne, dans un message audiovisuel retransmis aux participants. Il a évoqué la nouvelle stratégie UE/Afrique, dévoilée le même jour, qui fait la part belle à la promotion des investissements et à la lutte contre le changement climatique. Et de saluer aussi le fait que l'Ouganda soit « le seul pays d'Afrique de l'Est » à avoir lancé un programme à destination des femmes et des jeunes.

La veille, Journée internationale des droits des femmes, le président ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, et l'ambassadeur de l'UE en Ouganda, Attilio Pacifici, avaient inauguré une initiative visant à favoriser l'émancipation des femmes et à lutter contre les violences commises à leur égard.

Car de nombreux défis socioéconomiques demeurent pour ce pays jouxtant le Lac Victoria et dont la population, l'une des plus jeunes d'Afrique, est estimée à 45 millions d'habitants et devrait doubler d'ici à 2050.

Le fait que deux millions de bébés ougandais naissent chaque année est, pour Patrick Bitature, président du groupe Simba, « l'enjeu le plus important » à affronter pour son pays. C'est lorsque les femmes pourront subvenir à leurs propres besoins et « décider du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir » que l'égalité de genre aura fait un grand pas en Ouganda, a-t-il considéré.

Il est estimé que la population de Kampala, la capitale du pays, pourrait passer de 4 à 7 millions d'habitants en quinze ans. Une telle situation pose de nombreux défis en termes de logement, de mobilité et d'utilisation des ressources.

Ne pas y répondre rapidement, dans un monde de plus en technologiquement connecté, c'est au final prendre le risque de renforcer les flux migratoires non pas vers la Chine, mais vers l'Europe, a observé un diplomate.

Faciliter les investissements productifs en Ouganda est une priorité aussi pour les Européens. Pour y parvenir, M. Pacifici a identifié trois axes de travail : - la formation et l'attitude ; - l'accès aux financements et la diminution du coût du capital ; - la gouvernance économique et la lutte contre la corruption, qui, malgré plusieurs initiatives gouvernementales, reste ordinaire.

APE UE/Afrique de l'Est. Lors de la session plénière ouvrant le forum, il n'a pas été question à Kampala de l'Accord de partenariat économique (APE) agréé en octobre 2014 entre la Communauté de l'Afrique de l'Est - qui comprend le Burundi, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie et, depuis peu, le Sud-Soudan (EUROPE 11576/11) - et l'Union européenne.

L'objectif est de permettre un accès sans droit de douane à 100% des produits africains et de permettre une libéralisation asymétrique graduelle - entre 15 et 25 ans - du marché des pays africains pour 80% des produits européens.

Si le Kenya a ratifié l'APE et le Rwanda l'a signé, la Tanzanie, qui regarde davantage vers l'Asie, a des doutes et demande des clarifications avant de s'engager. À l'arrêt depuis plusieurs années, les discussions entre l'UE et Dar es Salam pourraient reprendre dans les jours qui viennent.

En Ouganda, la question est sensible, le dossier étant géré par le président ougandais en personne. Selon nos informations, les autorités du pays seraient prêtes à aller de l'avant à condition que la Tanzanie fasse de même. 

Covid-19. Sur les 1 000 délégués inscrits au forum, de nombreux participants européens n'ont pas été en mesure d'y assister, en raison des restrictions concernant l'entrée sur le territoire ougandais imposées par les autorités du pays aux personnes en provenance des pays de l'UE - Italie, Allemagne, France, Espagne - les plus touchés par l'épidémie de Covid-19.

Lors de l'événement, le seul de cette envergure encore autorisé dans le pays, la température des participants a plusieurs fois été prise et des consignes strictes d'hygiène ont été introduites. Côté européen, à part la cinquantaine d'employés de la délégation de l'UE à Kampala et quelques représentants de la Commission et de la BEI, la présence de représentants des institutions européennes a été, en raison de l'épidémie, réduite au minimum.

« L'Ouganda est sûr, pendant que l'Europe traverse une crise », a constaté M. Pacifici. Une de plus. (Mathieu Bion)

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