Le groupe Verts/ALE du Parlement européen reste divisé sur l’intégration dans ses rangs des eurodéputés italiens du Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 Stelle – M5S), tiraillé entre la nécessité de maintenir numériquement le groupe devant les forces eurosceptiques et europhobes en raison du Brexit et celle de préserver les équilibres des forces internes.
La question aurait été discutée une nouvelle fois de manière informelle en interne, mardi 14 janvier, depuis qu'en septembre 2019, les écologistes avaient décidé de ne pas fermer la porte au Mouvement 5 étoiles (EUROPE 12331/4).
Avec le Brexit et la reconfiguration du Parlement européen à la fin du mois, les Verts/ALE perdront 10 députés britanniques, faisant passer le groupe de la 4e position avec 73 eurodéputés à la 6e position, derrière les droites nationalistes du groupe Identité et Démocratie et conservatrices du groupe CRE. Ces départs ne seraient compensés que partiellement par l’arrivée de 4 nouveaux eurodéputés, avec la réorganisation du PE et l'intégration des Catalans indépendantistes (EUROPE 12402/6), réduisant la perte sèche à une fourchette située entre 4 et 6 députés.
Dans cette perspective, l’intégration des 14 élus du Mouvement 5 étoiles serait une option intéressante, d’autant plus que, durant le mandat précédent, leurs votes se recoupaient très régulièrement avec ceux des Verts/ALE.
Or, alors que certaines délégations, dont la française ou la nordique, seraient plus ouvertes à une éventuelle intégration, plusieurs membres des Verts/ALE, dont les Allemands notamment, y seraient opposés. Ils craignent de déséquilibrer le groupe en intégrant le contingent italien, qui deviendrait la deuxième délégation la plus importante.
En effet, des questions restent en suspens quant à l’autonomie même des eurodéputés du M5S vis-à-vis du parti national, qui, en plus d’être mêlé à divers scandales financiers, connaît de plus en plus de défections et de contestations en interne, notamment en raison de son fonctionnement opaque.
En outre, le Mouvement 5 étoiles s’inscrit dans une trajectoire électorale descendante. Pis, certains Verts/ALE s’inquiètent des choix que pourrait faire potentiellement le M5S si la coalition actuelle avec les sociaux-démocrates ne tenait pas et si La Lega revenait au pouvoir. Le M5S serait-il alors prêt à reconstituer une coalition avec le parti d’extrême droite de Matteo Salvini ? Enfin, le M5S maintient des positions troubles sur la question migratoire.
Ce n’est pas la première fois que le M5S attise les convoitises au sein du Parlement européen. Début 2017, l'ancien chef de file des libéraux, le Belge Guy Verhofstadt, avait tenté une approche afin de les intégrer dans le groupe ADLE. Cette tentative s’était soldée par un échec (EUROPE 11699/1). (Pascal Hansens)