La secrétaire d’État croate aux Affaires européennes, Andreja Metelko-Zgombić, est revenue, pour EUROPE, sur les priorités et les défis de la toute première présidence croate du Conseil de l’UE (propos recueillis par écrit par Camille-Cerise Gessant)
Agence Europe - Pourquoi avoir choisi comme devise de votre Présidence ‘Une Europe forte dans un monde de défis’ ?
Andreja Metelko-Zgombić - La Présidence croate de l'UE arrive à un moment difficile et complexe pour l'Union et ses États membres. Nous sommes confrontés à de nombreux défis internes et externes, entre autres le terrorisme, les cybermenaces et les menaces hybrides, la migration et les conflits dans notre voisinage, le populisme, les fausses nouvelles et le changement climatique.
Nous, Européens, devons travailler ensemble pour nous adapter, renforcer notre résilience et trouver des réponses communes à ces défis. Nous avons besoin d'une Europe forte qui agit dans l'intérêt de ses États membres et de ses citoyens.
Votre Présidence arrive au début d'un nouveau cycle institutionnel. Quelles conséquences cela aura-t-il sur elle ?
En effet, notre Présidence commence au début d'un nouveau cycle institutionnel et législatif à la suite de la nouvelle composition des institutions européennes, ainsi qu'à un moment de défis résultant du processus de retrait du Royaume-Uni de l'UE.
Nous considérons qu'il s'agit d'une chance unique d'être au début de l'élaboration de stratégies et d'initiatives qui persisteront et évolueront au cours des présidences suivantes dans le cadre de notre héritage commun à l'UE.
Cette Présidence sera la première de la Croatie, dernier pays à avoir rejoint l'UE. Comment vous êtes-vous préparés ?
Nous sommes très enthousiastes à l'idée d’assurer la Présidence pour la première fois. Nous nous sommes préparés sur le plan technique, logistique et surtout sur le plan du contenu.
Plus de 800 fonctionnaires ont été formés dans le cadre de nombreux ateliers et séminaires afin d'améliorer et de renforcer les compétences qui sont importantes pour présider les réunions des groupes de travail à Bruxelles. Nous avons fait des efforts logistiques dans la préparation de plus de 160 réunions informelles qui auront lieu en Croatie pendant notre Présidence. L'expérience a montré que la première Présidence pour chaque État membre a renforcé la fonction publique et je pense que nous tirerons un grand profit de cet exercice.
Cette première Présidence de l'UE est très importante pour nous, non seulement parce qu'elle signifie diriger les travaux du Conseil, mais aussi parce qu'elle montre le succès de la voie européenne de la Croatie. Nous étions un pays qui, par le biais d'une guerre imposée, devait protéger son indépendance dans les années 1990, mais nous avons réussi à nous redresser et à nous développer au point de prendre la tête du Conseil de l'UE.
La première fois que la Croatie sera à la tête de l'UE sera une occasion inestimable de façonner des politiques européennes communes avec nos partenaires.
Comment comptez-vous mener les négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) ? Que serait pour vous un bon CFP ? Pensez-vous qu'il sera possible de parvenir à un accord sous votre Présidence ?
Nous avons besoin d'un CFP ambitieux, équilibré et durable pour 2021-2027, qui tienne compte des spécificités des États membres et donne à l'Union les moyens d'atteindre les objectifs prévus dans le nouvel agenda stratégique. Il est de notre responsabilité commune de parvenir à un accord dès que possible, afin de garantir une mise en œuvre sans heurts et en temps voulu de l'ensemble des politiques et programmes de l'Union.
Nous sommes prêts à coopérer étroitement avec le président du Conseil européen, Charles Michel, et les États membres, afin de trouver un compromis qui soit acceptable pour tous.
Parallèlement, nous nous efforcerons de faire progresser rapidement la législation et les dossiers sectoriels afin de permettre un démarrage rapide du prochain cycle financier, qui est une priorité commune pour toutes les institutions européennes, mais aussi pour nos citoyens, entreprises et régions, qui comptent sur le financement européen.
Pensez-vous que le Brexit aura un impact sur votre Présidence ?
Le Brexit sera certainement l'un des thèmes majeurs de notre Présidence. Les élections de décembre au Royaume-Uni ont apporté plus de clarté concernant le Brexit et nous pouvons maintenant nous attendre à un retrait ordonné. Nous nous efforcerons ensuite de prendre toutes les mesures nécessaires au sein du Conseil pour définir le mandat qui nous permettra de poursuivre rapidement les négociations sur les futures relations avec le Royaume-Uni.
L'un des moments importants de votre Présidence sera le sommet UE/Balkans occidentaux. Qu'attendez-vous de ce sommet ?
Nous accueillerons le sommet UE/Balkans occidentaux à Zagreb en mai 2020, 20 ans après le sommet de Zagreb de 2000. Le sommet de 2000 a ouvert la perspective européenne pour la Croatie et l'ensemble de l'Europe du Sud-Est, en soutien à tous les pays des Balkans occidentaux sur leur voie européenne, sur la base de leurs réalisations en matière de respect des conditions selon les critères établis et d'un principe basé sur le mérite.
Nous considérons le sommet comme une occasion unique d'établir une feuille de route politique et stratégique pour la prochaine décennie. La Présidence croate s'efforcera de poursuivre une politique d'élargissement crédible et efficace, qui aura un pouvoir de transformation pour les pays adhérant à l'Union. Nous y voyons un investissement dans la stabilité et la sécurité ainsi que dans la poursuite du développement économique et de la connectivité sur le continent européen.
L'une des priorités de votre Présidence de l'UE est ‘une UE influente’. Comment l'UE peut-elle être plus puissante dans le monde ?
La Présidence croate de l'UE s'efforcera de renforcer davantage l'UE en tant qu'acteur mondial, partenaire et fournisseur de sécurité fort et uni, promouvant le multilatéralisme et un ordre international fondé sur des règles.
Nous considérons l'UE comme un acteur ambitieux, visible et un partenaire crédible dans les relations internationales, en tant que plus grand bloc commercial du monde et deuxième plus grande économie du monde. L'UE est également un leader dans la promotion des valeurs fondamentales et la projection de la paix et de la sécurité en tant que premier donateur mondial d'aide au développement et d'aide humanitaire. Et ces faits doivent gagner en visibilité.
Une autre priorité est ‘une Europe qui se développe’. Que voulez-vous dire ? Quelles sont vos attentes ?
Nous allons plaider pour un développement équilibré, durable et inclusif de l'UE, qui prend en considération les besoins de tous les États membres, de leurs régions et de leurs citoyens.
Dans le cadre de cette priorité, nous voulons répondre à la nécessité d'approfondir notre marché unique, de stimuler la numérisation et l'esprit d'entreprise, de promouvoir les investissements dans la recherche et l'innovation et de poursuivre la convergence et un développement régional équilibré. Nous pensons que tout cela devrait conduire à la réduction des disparités économiques, sociales et territoriales et à rendre l'UE encore plus compétitive.
Nous souhaitons également aborder la question urgente des défis démographiques en ouvrant un large débat sur les points de vue et les meilleures pratiques des États membres.
Nous sommes pleinement engagés à lancer des discussions horizontales et à faire avancer les principales initiatives contenues dans le 'Green Deal' européen. Nous sommes fermement convaincus qu'une Europe tournée vers l'avenir doit être un leader pour répondre au défi croissant du changement climatique.
‘Une Europe qui connecte’ est également une priorité de la Présidence. Comment voulez-vous renforcer la connectivité ? Pourquoi avez-vous choisi cette priorité ?
Comme notre progrès et notre prospérité dépendent de l'existence d'une économie en réseau et de la pleine utilisation de nos potentiels d'infrastructure et humains, nous allons promouvoir des initiatives contribuant à la connectivité dans les domaines des transports, de l'énergie et du numérique afin de parvenir à une meilleure cohésion entre les États membres, tout en tenant compte du potentiel des nouvelles technologies.
Pour renforcer la connectivité, la Présidence se concentrera en particulier sur l'amélioration du réseau transeuropéen de transport, sur la création des conditions nécessaires au plein fonctionnement des réseaux 5G sécurisés et sur le renforcement de la sécurité énergétique.
Nous encouragerons également les contacts interpersonnels pour rapprocher les citoyens de l'Union, notamment par le biais du sport, de la culture et de l'éducation.
Une Europe qui protège est la dernière priorité. La sécurité est un vaste domaine. Sur quels sujets voulez-vous travailler ?
Assurer la sécurité de nos citoyens tout en adhérant à nos valeurs communes est d'une importance primordiale. Nous comprenons que la promotion des valeurs fondamentales de l'UE est essentielle pour renforcer la résilience de l'UE face aux défis internes et externes, ainsi que pour accroître la confiance des citoyens dans la crédibilité à long terme de nos politiques.
En priorité, nous travaillerons à l'élaboration d'orientations stratégiques pour l'espace de liberté, de sécurité et de justice et continuerons à promouvoir l'État de droit en tant que valeur fondamentale de l'UE. L'Union européenne doit montrer sa force et répondre aux menaces actuelles qui pèsent sur les valeurs démocratiques, de l'intolérance et du terrorisme aux cybermenaces et à la désinformation sur les plateformes numériques.
Comment allez-vous travailler sur la réforme de la politique migratoire européenne ?
Au cours de sa Présidence, la Croatie s'engagera à trouver une solution globale pour une politique de migration et d'asile durable et efficace, dès que la Commission présentera la proposition de nouveau pacte sur la migration et l'asile. Nous espérons que cette proposition apportera de nouvelles idées sur l'équilibre entre la responsabilité et la solidarité, comme le prévoit le nouvel agenda stratégique.
Pour faciliter la réalisation de cet objectif, la dimension extérieure doit être encore renforcée, notamment en améliorant les dialogues de partenariat avec les pays tiers. Nous mettrons également davantage l'accent sur l'Europe du Sud-Est et nous nous efforcerons de mettre sur la table les questions les plus urgentes, y compris le problème du manque de capacités et de compétences, qui constitue le principal obstacle à la gestion durable des migrations pour les pays de cette région.
Le taux de participation de la Croatie aux élections européennes a été assez faible (moins de 30%). Comment rapprocher les citoyens européens de l'UE ?
Récemment, une étude a montré que nos citoyens avaient une opinion plus positive de l'Union européenne que lors de l'adhésion en 2013. Lors des dernières élections européennes, nous avons constaté une augmentation de la participation des citoyens et nous nous engageons à ce que cette tendance positive se poursuive.
Il est important de maintenir un dialogue continu avec nos citoyens, de les informer davantage sur l'UE et de leur faire connaître les avantages de l'UE et de l'adhésion.
Le Conseil européen de décembre a demandé à la Croatie de travailler sur une position du Conseil concernant le contenu, la portée et la composition de la Conférence sur le futur de l'Europe. Comment imaginez-vous cette conférence ?
Nous sommes prêts à faire avancer les travaux en vue de définir une position du Conseil et à nous engager avec le Parlement européen et la Commission sur cette question.
Dans la préparation de notre Présidence, nous avons été guidés par le désir de rapprocher l'Union des citoyens. Nos citoyens, leurs attentes et leurs préoccupations, seront au centre de notre action. La Conférence nous donne l'occasion de répondre à ces attentes.
Ce processus, qui exige une vision à long terme, devrait être double. D'une part, il devrait en effet s'agir d'une ‘impulsion en faveur d'une démocratie européenne globale’. D'autre part, on devrait concentrer l'Union sur les politiques qui sont au premier plan des préoccupations de nos citoyens et qui peuvent faire une différence positive dans leur vie quotidienne.
Il devrait s'agir d'un processus ouvert et inclusif, afin de garantir la participation la plus large possible, pour faire en sorte que la voix de nos citoyens soit entendue dans la définition de l'avenir du projet européen.