Les députés européens envoyés d’urgence en mission sur l’île de Malte, du 2 au 4 décembre 2019, pour évaluer la situation de l’État de droit dans la cadre de l’enquête sur le meurtre de la journaliste Daphne Caruana Galizia, ont présenté, jeudi 9 janvier, leurs conclusions en commission des libertés civiles (LIBE) du PE.
Les conclusions de cette mission ont en réalité déjà été tirées et le PE a déjà eu l'occasion de faire passer son message, ont expliqué les membres de la délégation. Le 18 décembre dernier, il a en effet adopté à une très large majorité une résolution appelant la Commission européenne à prendre des mesures concrètes pour veiller au respect de l’État de droit à Malte, a rappelé Sophie in't Veld (Renew Europe, néerlandaise), qui a dirigé la mission.
Durant leur mission, les députés ont rencontré une série d’acteurs clés du système politique et judiciaire maltais, dont le Président, le Premier ministre, le ministre de la Justice, le Procureur général, le commissaire de police, le médiateur, des représentants du Parlement, le chef de l’opposition, ainsi que des représentants de la Chambre des avocats.
Les députés ont aussi eu l'occasion de rencontrer la famille Caruana Galizia, des activistes, des journalistes et des ONG actives dans le domaine de la lutte contre la corruption sur l’île, ce qui leur a permis d’avoir une « vision claire de la situation ».
Le projet de rapport reconnaît que des progrès dans l’enquête sur la mort de Daphne Caruana Galizia ont été réalisés, mais s’inquiète en revanche de l’absence de progrès dans d'autres affaires de blanchiment de capitaux et de corruption, notamment celles sur lesquelles la journaliste maltaise enquêtait.
Les députés ont aussi exprimé leurs préoccupations concernant la démission tardive, annoncée pour le 18 janvier, du Premier ministre, Joseph Muscat, qui constitue, selon eux, une « menace sérieuse pour l’intégrité de l’enquête ».
Selon le rapport, des mesures supplémentaires doivent par ailleurs être prises pour garantir la liberté des médias et la sécurité des journalistes.
Les députés ont de nouveau dénoncé le manque d'implication des institutions européennes. Dès son retour de la mission, la délégation a demandé à la Commission d'initier un dialogue sur l’État de droit avec Malte (EUROPE 12389/6), a rappelé Sophie in’t Veld. Si la Commission a effectivement fait part de ses inquiétudes (EUROPE 12391/27), sa réaction a été « très timide », selon la députée néerlandaise.
Quant au Conseil européen, il a tout simplement « ignoré » l'appel du PE lui demandant de se saisir du dossier (EUROPE 12389/6), a-t-elle regretté, espérant qu'il aurait au moins « la courtoisie » de répondre à lettre du Président du PE et d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à ne pas aborder la question lors du Sommet des 12 et 13 décembre derniers (EUROPE 12390/15).
Voir le projet de rapport de mission : https://bit.ly/2tKkSnm (Marion Fontana)