Le Premier ministre croate, Andrej Plenković, dont le pays assure la présidence du Conseil de l’UE, a estimé, jeudi 9 janvier, que le sommet entre l’UE et les Balkans occidentaux, organisé le 7 mai à Zagreb, vingt ans après le tout premier sommet du genre, déjà à Zagreb, marquerait « une nouvelle page dans l’histoire de l’élargissement ».
Et si la Croatie travaille « avec acharnement » sur la question de l’élargissement, elle reste cependant prudente sur les objectifs concrets, en raison de la réticence de certains États membres à avancer sur le sujet.
Ainsi, l’épineuse question de l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE à la Macédoine du Nord et l’Albanie ne devrait pas être à l'agenda du sommet, celui-ci ayant pour objectif d’être « une base pour les futures relations avec les six pays de la région », selon M. Plenković. « Nous pensons que notre initiative peut représenter une valeur ajoutée pour toute l’UE, car nous avons plus de connaissances sur ce processus d’adhésion », a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse avec le Président du Conseil européen, Charles Michel, à Zagreb. La Croatie est le dernier pays à avoir rejoint l’UE, en 2013.
La question de l’ouverture des négociations devrait être discutée en amont du sommet, en mars. M. Michel a précisé qu’il allait travailler avec M. Plenković « ces prochaines semaines » pour développer « une préparation politique plus forte afin d’avoir de la clarté », et, a-t-il espéré, un « signal clair » pour les pays des Balkans occidentaux. Selon lui, l’élargissement est une des questions qui doit nécessiter une « grande mobilisation » des institutions européennes.
Pour satisfaire plusieurs États membres, dont la France, qui se sont plaints de la méthodologie du processus d’adhésion, la Commission travaille actuellement sur une nouvelle méthodologie. Celle-ci pourrait être présentée le 29 janvier prochain.
Le président du Conseil européen et le Premier ministre croate se sont montrés confiants quant à la possibilité d’avancer dans le processus d’élargissement après le changement de méthodologie. Selon M. Plenković, la France avait des réserves d’une nature « conceptuelle » sur la méthodologie : est-elle bonne ou pas ? Ainsi, si le papier de la Commission est « bien vu » par Paris, « on aura déjà fait un grand pas en avant ». Il a ajouté avoir le sentiment d’une évolution positive, après sa rencontre avec le président français, mardi à Paris.
M. Plenković a précisé qu’il fallait une synergie entre la modification du processus et « quelques pas concrets, mesurés, vérifiés, valorisés par la Commission » de la part de Skopje et Tirana, réalisables dans « les délais assez courts » impartis pour satisfaire certains États membres qui avaient estimé que les deux pays devaient encore faire des progrès avant d'ouvrir leurs négociations.
« Je suis convaincu qu’il est possible d’avoir des progrès si on se met d’accord sur quelques orientations concernant la modernisation du processus d’adhésion et de donner un signal clair à ces pays (des Balkans occidentaux) sur le type de relations que l’on veut avoir avec eux », a expliqué pour sa part M. Michel, rappelant que d’autres pays étaient présents dans les Balkans occidentaux. « Il faut voir comment prévenir des difficultés futures en faisant en sorte que ces pays soient en connexion avec l’UE », a-t-il ajouté.
Le président du Conseil européen a cependant reconnu que le « dialogue stratégique » entre les États membres sur la modernisation du processus allait « être compliqué ». « La question de la réversibilité (du processus), entre autres, doit être discutée au plus haut niveau politique européen », a-t-il estimé. Ce principe, fortement défendu par la France, est déjà présent dans la méthodologie actuelle.
Un responsable croate, sous couvert d’anonymat, a espéré avoir, avant le sommet du 7 mai, une date pour l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord. (Camille-Cerise Gessant)