Beaucoup de bruit pour rien ? Placée sous le signe de l'urgence d'agir et de l'élan pour le rehaussement de l’ambition, la COP25 s’est achevée dimanche 15 décembre, à Madrid, avec deux jours de retard, sur un accord a minima qui a déçu l’UE. Mais celle-ci a déjà choisi de regarder vers l'avant : la COP26 (Glasgow, fin 2020).
À l’urgence climatique et aux appels de la rue, les parties à l’Accord de Paris ont répondu par l’urgence de reporter toutes les questions qui fâchent - règles qui encadreront les marchés internationaux du carbone, règles de transparence, financement en faveur des pays en développement qui ont déjà le plus à souffrir du réchauffement mondial.
Et alors que cette COP était censée créer une nouvelle dynamique pour revoir à la hausse les contributions déterminées au niveau national (NDC), de nombreux pays, États-Unis, Australie et Brésil en tête, sont restés les bras croisés. Résultat : seuls des pays totalisant ensemble 10% des émissions mondiales se sont engagés à relever leur ambition.
Les parties sont convenues qu'elles mettront à jour leur NDC en 2020, de manière à refléter leur plus grande ambition possible.
À la presse, qui demandait si ce maigre résultat ne risquait pas d'affaiblir le Green Deal, la Présidence finlandaise sortante a répondu, lundi 16 décembre : « Au contraire, le Green Deal est plus nécessaire que jamais ». La proposition de loi sur l'objectif de neutralité climatique de l'UE d'ici 2050 est attendue en mars (même si la Pologne se considère comme exemptée de mise en œuvre) et une proposition de relèvement de l'objectif 2030 de l'UE à une réduction de ses émissions de 50%, voire de 55%, à l'automne, à temps pour la COP26 (EUROPE 12389/1, 12388/1).
« Avec l'adoption du Green Deal et la COP25 derrière nous, nous avons maintenant hâte de relever les ambitions mondiales à la COP26 en 2020. L'an prochain, nous continuerons de travailler avec nos partenaires et de nous assurer que nous faisons tous face de front au défi urgent des changements climatiques », avait commenté Frans Timmermans dimanche, à l'issue de la COP.
Selon la Commission et la ministre finlandaise à l'Environnement et au Climat, Krista Mikkonen, qui ont négocié main dans la main au nom de l'UE, l'incapacité des parties à l'Accord de Paris à s'entendre sur des règles robustes pour encadrer à l'avenir les marchés internationaux du carbone est un échec regrettable (EUROPE 12387/8).
« Il est décevant de constater qu'après des années de dur labeur et surtout au cours des deux dernières semaines, nous n'ayons pas pu nous mettre d'accord sur l'article 6, qui prévoit des incitations à réduire les émissions maintenant et à l'avenir sans compromettre l'intégrité environnementale », ont-elles déclaré.
L'UE se dit en outre préoccupée par l'absence d'accord sur la transparence « malgré l'importance capitale de ces questions pour la mise en œuvre de l'Accord de Paris ».
Cette COP sous présidence chilienne, dont l'Espagne avait accepté au pied levé d'assumer l'organisation, a « laissé un goût doux-amer » à la ministre espagnole de l'Environnement, Teresa Ribera. L'Espagne a néanmoins été louée par tous.
Pertes et dommages. La COP25 a achevé le deuxième examen du mécanisme international de Varsovie. Les pays vont entamer une discussion sur le financement et créer un nouveau groupe d'experts pour prodiguer des conseils. Le Fonds vert pour le climat a été chargé de se saisir de la question.
Un nouveau plan d'action pour l'égalité des sexes. Il vise à accroître la participation et le leadership des femmes dans les négociations internationales, la conception et la mise en œuvre des politiques climatiques. L'UE s'en est félicitée.
Financement. Les pays développés se sont engagés à verser près de 90 millions de dollars de nouveaux fonds pour l'adaptation et ont pris des engagements supplémentaires pour le Fonds vert pour le climat, mais l'on est encore loin des 100 milliards de dollars par an promis d'ici à 2020 et jusqu'en 2025.
« Au fur et à mesure que les grands pollueurs se disloquent et tournent en rond, le mouvement mondial en faveur de l'action climatique s'amplifie et se renforce. Les jeunes se battent pour un avenir plus sûr, montrant le leadership qui a fait cruellement défaut aux gouvernements. Des communautés de première ligne, de Fidji au Malawi et au Pérou, ripostent », a commenté Oxfam. L'ONG y voit une raison d'être positif. (Aminata Niang)