Si le parti conservateur remporte une majorité lors des prochaines élections britanniques, comme le suggèrent les derniers sondages, l’UE devra se préparer à une seconde phase de négociations difficiles sur le Brexit.
Selon un sondage (de YouGov, pour le journal The Times) publié cette semaine, les conservateurs remporteront une majorité de 68 sièges lors des élections du 12 décembre. Si cette prédiction devait se réaliser, le Royaume-Uni pourrait approuver l’accord de retrait et quitter l’UE d’ici le 31 janvier. Le gouvernement devra ensuite s’atteler à la tâche plus difficile de définir un mandat en vue des futures négociations commerciales, un processus qui pourrait dégrader davantage les relations entre les deux parties.
Dominic Cummings, le stratège en chef du Premier ministre britannique, Boris Johnson, a appelé tous les partisans du Brexit à voter pour les conservateurs, prévenant qu’un gouvernement travailliste, soutenu par le Parti national écossais, « escroquerait » le Brexit en donnant aux citoyens européens un droit de participer lors d’un second référendum. « C’est le chaos garanti », a-t-il écrit dans un billet de blog, mercredi. « Octroyer à des millions de citoyens étrangers un droit de s'exprimer sur l’appartenance à l’UE est une mauvaise plaisanterie ».
L’UE se prépare déjà aux négociations à venir. Le groupe de travail « Article 50 » de la Commission européenne a récemment été renommé « groupe de travail pour les relations avec le Royaume-Uni ». Dans ce contexte, du personnel supplémentaire est recruté, alors que Michel Barnier continuera à mener les négociations. Jean-Claude Juncker, s’exprimant dans le Playbook de Politico, vendredi, a qualifié M. Barnier de « meilleur avocat spécialisé dans les divorces », ajoutant que le point positif du Brexit est la vague inattendue de soutien en faveur de l’UE.
Mais la bonne humeur ne durera pas. Agata Gostyńska-Jakubowska, chargée de recherche principale au Centre for European Reform, prévient que la période de 11 mois actuellement prévue pour les négociations relatives à la future relation « est trop courte » pour conclure un accord commercial de grande envergure. Et d’avancer que l’UE « privilégiera donc les négociations dans des domaines dans lesquels un “no deal 2.0” aurait le plus grand impact pour elle et le Royaume-Uni » : le commerce et la sécurité. Selon elle, la Commission, le Conseil et le Parlement devraient chercher à reproduire le déroulement des négociations mis en place lors de la phase deux, avec Didier Seeuws à la tête du groupe de travail du Conseil sur le Brexit et un coordinateur du Parlement sur le Brexit chargé de tenir les députés européens informés.
Toutefois, Ivan Rogers, l’ancien ambassadeur britannique auprès de l’UE, estime qu’il est « temps pour l’UE de penser plus clairement et stratégiquement à ses futures relations avec le Royaume-Uni » et pour les deux parties de rétablir la confiance. « Parce que [les relations] peuvent encore se détériorer », a-t-il ajouté lors d’une conférence à l’Université de Glasgow. La libre circulation est un domaine où, selon lui, l’UE et le Royaume-Uni n’ont rien compris en menaçant de dépouiller de leurs droits les citoyens de l’autre partie. Aucune position « n’offre une vision particulièrement rationnelle de la vie avec vos plus proches voisins ». Les relations entre l’UE et le Royaume-Uni « peuvent soit être sérieusement compromises pour un très long moment, soit être rebâties sur de nouvelles bases ». (Version originale anglaise par Sarah Collins)