Trois ans après le conseil ministériel de Lucerne, les ministres des États membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) se retrouveront à Séville, les 27 et 28 novembre, pour discuter des enveloppes budgétaires des différents programmes spatiaux européens et notamment du programme européen Copernicus. Le conseil ministériel de Séville s’annoncerait moins difficile qu’il y a trois ans, avec moins de points ouverts.
Dans le cadre des activités ‘Future EO’ (Future Earth Observation – l’avenir de l’Observation terrestre littéralement), l’ESA veut en effet capitaliser un maximum sur les atouts européens. « Dans le domaine de l’observation de la terre, l’Europe est le leader mondial. Et c’est quelque chose d’inhabituel dans le domaine spatial », rappelle à EUROPE Josef Aschbacher, directeur du programme d’observation terrestre à l’ESA, insistant sur le fait qu’il s’agit du segment du secteur spatial affichant la plus forte croissance, entre 10 à 12% en 2018.
Partant, l’ESA demande aux ministres une enveloppe dédiée à l’observation terrestre de 2,4 milliards d’euros en prix 2019 (sur une enveloppe totale de 12,4 milliards d’euros). « C’est une très bonne proposition, mais aussi significative, c’est l’un des plus grands portefeuilles de l’ESA », commente M. Aschbacher, rappelant que l’effort demandé est important par rapport à 2016, quand l’agence avait proposé une enveloppe de 1,5 à 1,6 milliard d’euros.
« Bien sûr, j’espère que j’obtiendrai un financement de près de 100%. Mais, habituellement, lors d’une réunion ministérielle, vous obtenez généralement 95-90% », précise le scientifique, qui espère obtenir plus de 2 milliards d’euros pour l’avenir de l’observation terrestre.
Les objectifs ont évolué, notamment pour le programme phare européen d’observation terrestre Copernicus, pour lequel l’ESA est chargée du développement de la structure d’observation (et dont la Commission européenne est responsable de la gestion).
Copernicus 4.0
Selon le scientifique, il faut passer à la version 4.0 de Copernicus et tirer profit des données. Les différentes missions assignées actuellement relèvent des décisions prises il y a 15 ans, M. Aschbacher insistant sur la nécessité d'accompagner les nouvelles priorités politiques : la question migratoire, la sécurité, le continent africain, l’Arctique et surtout le changement climatique, avec notamment le développement d’un satellite pour 2025 chargé du suivi des émissions de CO2.
« Le paquet qui est sur la table pour la réunion ministérielle est tout à fait conforme au New Green Deal » européen, assure ainsi M. Aschbacher, en référence aux grandes priorités affichées par la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Interrogé par EUROPE, M. Aschbacher n’a pas écarté la possibilité de solliciter la Banque européenne d’investissement (BEI).
Une terre jumelle numérique
M. Aschbacher s’est réjoui du profil du nouveau commissaire au Marché intérieur, le Français Thierry Breton (dont l’ancienne entreprise pilote une plateforme DIAS – EUROPE 12358/2), pour son positionnement en matière de traitement de données de masse, d’intelligence artificielle, et des supercalculateurs.
D'après le scientifique, il est primordial que l’Europe se dote des infrastructures nécessaires pour traiter les quantités gigantesques générées par Copernicus (environ 250 terabytes par jour).
Dans ce contexte, l'ESA veut développer un plan de travail d’ici 2022 avec M. Breton, pour dépasser le modèle actuel des plateformes DIAS et passer à une échelle beaucoup plus grande avec le programme GAIA (Geo-AI-applications). Il s'agirait d'une sorte de « sœur jumelle numérique » de la terre pour mieux la comprendre.
Lanceurs spatiaux, astéroïdes, débris spatiaux et exploration spatiale
Les ministres seront également invités à se positionner sur les programmes visant à limiter les débris spatiaux et nettoyer l’orbite terrestre (CleanSat, Space Servicing Vehicle). Les discussions ne devraient pas être trop ardues.
Même chose concernant le développement d’un programme pour détecter, suivre, voire dévier (avec la mission Hera) des géocroiseurs potentiels, bien qu’en 2016, la proposition de l’ESA, Asteroid Impact Mission (AIM), n’eut pas reçu le soutien des États membres (EUROPE 11682/13).
Les ministres devraient également se mettre d’accord sur une série de missions scientifiques et d’exploration spatiale, ainsi que sur les principaux éléments de la Lunar Orbital Platform - Gateway, un module d’habitation en orbite lunaire, couplé avec le service du module Orion, qui fera à terme la navette entre la terre et le module d'habitation. Objectif : Mars, le 8e continent.
Enfin, le sujet de discussion où le plus grand nombre de lignes budgétaires restent ouvertes concerne les futurs lanceurs européens : Ariane 6 et Vega C, à l’heure où l’Europe est confrontée à une rude concurrence outre-Atlantique et à l’émergence des lanceurs réutilisables. (Pascal Hansens)