Les soupçons de conflits d’intérêts à l’encontre du commissaire candidat Thierry Breton se font toujours plus insistants du côté du Parlement européen, en raison des liens entre l’entreprise spécialisée dans la transformation numérique, Atos, qu’il dirige, et le portefeuille du Marché intérieur qui lui reviendrait à la Commission.
Une des craintes porterait notamment sur le lien entre Atos et le programme Copernicus. En effet, le 21 juin 2018, Atos avait annoncé la mise en service de la nouvelle plateforme d’observation de la Terre (EO), baptisée « Mundi Web Services », en lien avec le programme d’observation terrestre européen Copernicus.
Selon le communiqué de l’époque, il s’agit d’une plateforme soutenue par un consortium constitué, entre autres, de l’agence spatiale allemande DLR, ou encore de Thales Alenia Space. Or, ce consortium est dirigé par Atos « au nom de la Commission européenne et de l’Agence spatiale européenne », peut-on lire dans le communiqué de presse.
La plateforme vise à donner un « accès illimité, gratuit, complet et instantané aux données satellites géographiques Copernicus » et fait partie des cinq plateformes DIAS (Copernicus Data and Information Access Services) dont l’objectif est de renforcer la diffusion des données Copernicus. Le consortium est toujours en cours et dirigé par Atos.
Ce pourrait être un problème, étant donné que M. Breton serait responsable de la politique spatiale dans le cadre de son portefeuille et, donc, du programme européen d'observation terrestre Copernicus.
M. Breton a été présenté par la France pour le poste de commissaire deux semaines après le rejet de Sylvie Goulard, tombée en raison des soupçons des conflits d’intérêts qui pesaient sur elle (EUROPE 12346/1). Or, bien que le choix du candidat français ait été salué pour ses compétences et son savoir-faire, il inquiète face aux potentiels conflits d’intérêt que sa candidature pourrait présenter, notamment sur le flanc gauche de l’hémicycle, chez les Verts/ALE, la GUE/NGL et les sociaux-démocrates.
Parmi les députés du PPE, la candidature ferait toutefois moins grincer des dents que celle de Mme Goulard, nous assure-t-on. Il est vrai que M. Breton est issu de la même famille politique.
La commission des ‘affaires juridiques’ (JURI) devrait bientôt statuer sur la question. Aucune date n’est arrêtée, mais celles du 6 ou du 7 novembre seraient avancées (EUROPE 12357/9). Le Parlement européen attend de plus amples informations de la présidente élue, Ursula von der Leyen, qui devrait communiquer les noms au plus tard lundi 4 ou mardi 5 novembre, nous dit-on.
Pour consulter le communiqué d'Atos du 21 juin 2018 : http://bit.ly/36cciwI (Pascal Hansens)