Le scénario a des airs de déjà vu, mais les acteurs principaux ont changé et l’épilogue sera peut-être différent.
Après trois échecs avec Theresa May, entre novembre 2018 et avril 2019, face à la Chambre des Communes, c’est avec un Premier ministre britannique ayant menacé encore cet été de les quitter sur-le-champ au 31 octobre que les Vingt-sept sont parvenus, jeudi 17 octobre, à trouver un accord sur le retrait ordonné du Royaume-Uni de l’UE. Ils ont en effet donné leur feu vert au texte ficelé par les négociateurs (voir autre nouvelle). De son côté, le président du PE, David Sassoli, a dit que le Parlement européen serait prêt à faire son travail de ratification.
Si ces mêmes députés britanniques devaient donner leur aval le samedi 19 octobre, date à laquelle Boris Johnson les a convoqués, et si le PE, dans ce scénario, ratifiait le texte à son tour la semaine prochaine à Strasbourg, le pays quitterait l’UE au 1er novembre 2019, entamant une période de transition de 14 mois jusqu’à fin 2020, avant de devenir un pays tiers à tous les effets au 1er janvier 2021.
« La réalité est qu’aujourd’hui, nous avons un accord qui évite le chaos » entre l’UE et le Royaume-Uni, a commenté le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l’issue de cette journée. Le Polonais, qui quittera ses fonctions le 1er décembre, a une nouvelle fois dit tout ce qu’il pensait du processus du Brexit, évoquant de la « tristesse ». « Dans mon cœur, je serai toujours un 'Remainer' ».
En attendant, a-t-il estimé, le Royaume-Uni a fait une concession majeure en acceptant que les contrôles douaniers et règlementaires soient faits entre la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord, et non sur l’île d’Irlande, comme Boris Johnson l’avait un temps évoqué pour les contrôles douaniers.
Mais la même chose peut être dite de l'UE, elle qui, par la voix de Michel Barnier, disait encore en 2018 que jamais l'UE ne pourrait confier à un pays tiers la collecte de ses droits de douane, ce qu'elle a aujourd'hui accepté.
Pour le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ce texte est « plus qu’un accord, c’est un texte juridique qui donne de la certitude » et permet de protéger les « droits de nos citoyens, la stabilité sur l’île d’Irlande et la paix ». Cet accord est « pour les citoyens », a-t-il insisté, tout en se réjouissant que les droits des 4,5 millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni et des Britanniques vivant dans l’UE soient protégés. « Ils pourront continuer à vivre leur vie comme avant ».
Boris Johnson a répété, à l’issue des travaux, que cet accord allait permettre à son pays de décider à nouveau de son futur, de ses lois, « de reprendre le contrôle », de refinancer des secteurs comme la police. Il s’est dit « très confiant » que les députés britanniques valideraient cet accord le 19 octobre et pourraient enfin réaliser le Brexit. « On peut aussi construire maintenant notre relation avec nos amis et partenaires ; c’est le côté très excitant et positif de ce projet », a ajouté le dirigeant britannique, qui n’a pas voulu commenter l’annonce du DUP, le parti unioniste nord-irlandais, de voter contre l’accord.
« C’est un moment d’optimisme, un moment positif », a commenté pour sa part Charles Michel, le Premier ministre belge et prochain président du Conseil européen. « La grande préoccupation était liée à l’intégrité du marché intérieur. Michel Barnier affirme que les mécanismes mis en place protègent l’intégrité du marché intérieur ». Il est « très important que les entreprises britanniques ne puissent pas faire de concurrence déloyale », a-t-il dit.
Michel Barnier « a réussi quelque chose, un art politique ». « Sur plus de deux ans, il a satisfait la demande des Vingt-sept, informé le PE, jamais personne n’a eu de la méfiance ou s’est senti mal informé. Je tiens à le remercier », a souligné de son côté Angela Merkel, la chancelière allemande. Elle a également indiqué que la question d'un scénario de nouvel échec samedi et d'une nouvelle extension n'avait pas été abordée par les dirigeants. À l'ouverture du sommet, le président français, Emmanuel Macron, avait dit son optimisme, évoquant une « bonne nouvelle » et un accord qui « répond aux objectifs qui étaient collectivement les nôtres ». (Solenn Paulic avec la rédaction)