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Bulletin Quotidien Europe N° 12348
ACTION EXTÉRIEURE / Syrie

Les Européens s’accordent pour contrôler leurs exportations d’armes à destination de la Turquie

Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE ont convenu, lundi 14 octobre, de contrôler les exportations d’armes en provenance des États membres et à destination de la Turquie, en raison de son offensive dans le nord-est de la Syrie, sans adopter officiellement un embargo.

« Les États membres s'engagent à adopter des positions nationales fermes concernant leur politique d'exportation d'armements vers la Turquie sur la base des dispositions de la position commune 2008/944/PESC sur le contrôle des exportations d'armements, y compris l'application stricte du critère 4 sur la stabilité régionale », préviennent ainsi les ministres dans leurs conclusions. « Sur les contrats déjà engagés, c’est aux différents pays de voir ce qu’ils font », a précisé le ministre luxembourgeois Jean Asselborn, à l’issue de la rencontre.

Le groupe de travail compétent du Conseil se réunira, quant à lui, dans le courant de la semaine, afin de coordonner et d'examiner les positions des Vingt-huit sur cette question.

Avant même la réunion, plusieurs États avaient annoncé leur volonté de suspendre la livraison d’armes à la Turquie : la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Finlande ou encore la Suède, rejoints, avant même la décision européenne, par l’Espagne et l’Italie, les deux pays européens qui ont le plus exporté d’armes vers la Turquie en 2018, derrière les États-Unis.

Si l'UE n'a pas adopté d'embargo, c'est notamment en raison du temps qu'il aurait fallu pour le mettre en place, a expliqué la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, à l'issue de la réunion. Mais elle a aussi souligné la position particulière de la Turquie, membre de l’OTAN, estimant que les États membres de l’UE membres de l’Alliance pourraient avoir des problèmes pour mettre en œuvre un tel embargo en raison de dispositions entre Alliés. La Haute Représentante a ajouté que la plupart des embargos sur les armes de l’UE sont appliqués sur la base de la transposition de décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Mais au-delà de cette décision, le ministre espagnol, Josep Borrell, futur Haut Représentant de l’UE, a rappelé les possibilités d’action limitées de l’UE. « Nous n’avons pas de pouvoirs magiques », a-t-il reconnu, tout en soulignant qu’il fallait mettre en œuvre toute la pression possible pour arrêter l’intervention turque.

Pour la première fois, dans leurs conclusions, les Européens « condamnent » l’action militaire unilatérale turque dans le nord-est de la Syrie, une offensive qui « compromet gravement la stabilité et la sécurité de l'ensemble de la région, entraînant davantage de souffrances pour les civils et de nouveaux déplacements et entravant gravement l'accès à l'aide humanitaire ».

Ainsi, le Conseil appelle Ankara à mettre fin à cette action et à retirer ses forces. Les inquiétudes sécuritaires turques devaient être traitées via des moyens politiques et diplomatiques et non une action militaire, et en accord avec la législation humanitaire internationale, rappellent les ministres.

Les Européens s’inquiètent notamment du risque de résurgence de l’organisation État islamique. Plus de 800 proches de djihadistes se seraient déjà échappés. Selon les ministres, l’offensive turque compromet « de manière significative les progrès réalisés jusqu'à présent par la Coalition mondiale pour vaincre Daech ». Ils appellent donc les États-Unis à convoquer une réunion ministérielle de la coalition internationale contre Daech « afin d'examiner comment poursuivre ses efforts dans le contexte actuel ». Le ministre français Jean Yves Le Drian, qui a appelé à une telle réunion depuis jeudi dernier, a expliqué, à son arrivée au Conseil, qu'il importait de se réunir pour « apprécier la nouvelle donne ». Des efforts continus de la communauté internationale, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU, pour mettre fin à cette action militaire unilatérale sont nécessaires de toute urgence, ajoutent les ministres.

Par ailleurs, alors qu'un accord sur la création d’un comité constitutionnel en Syrie avait été annoncé fin septembre, les ministres estiment que l’offensive rend « plus difficiles les perspectives de paix ». (Camille-Cerise Gessant)

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