Il n'y a vraiment que la famille chrétienne-démocrate qui a apprécié la prestation de la commissaire désignée à la Démocratie et à la Démographie, Dubravka Šuica, jeudi 3 octobre, au Parlement européen (EUROPE 12341/6).
D'après Danuta Hübner (PPE, polonaise), la candidate croate sera en effet une « excellente » commissaire, louant dans un communiqué son « engagement fort en faveur de la démocratie » et sa volonté de travailler « étroitement » avec le PE.
Mal à l'aise, les deux autres groupes politiques qui suivent par ordre d'importance - les sociaux-démocrates du S&D et les libéraux de Renew Europe - se sont résolus à soutenir Mme Šuica, même si leurs propres élus, à l'image de Raphaël Glucksmann (S&D, français) et Chrysoula Zacharopoulou (Renew Europe, grecque), ont attaqué directement la chrétienne-démocrate sur ses convictions ou sur ses positions défendues lorsqu'elle était eurodéputée.
Au nom du groupe S&D, l'Espagnol Domènec Ruiz Devesa a promis de « suivre de près » la façon dont Mme Šuica tiendra ses promesses relatives à l'organisation de la Conférence sur l'avenir de l'Union européenne.
Du côté des libéraux, le Français Pascal Durand a évoqué une prestation « juste passable et très peu inspirante », au cours de laquelle la commissaire désignée s'est montrée « souvent trop prudente, trop imprécise et presque rétive dans ses réponses sur notre défi commun de réformer l'UE ». Il a plaidé pour une réelle ambition en matière d'implication des citoyens dans la réflexion sur l'avenir de l'UE afin que la Conférence ne devienne « pas une tour d'ivoire », dans un communiqué.
Au final, lors de la réunion des coordinateurs de la commission des affaires constitutionnelles, Mme Šuica a obtenu de justesse - par 19 voix issues des groupes PPE, S&D, Renew Europe et CRE sur 28 voix possibles - la majorité des deux tiers nécessaires pour obtenir le feu vert des eurodéputés.
Pour Daniel Freund (Verts/ALE, allemand), la commissaire désignée a ainsi bénéficié d'un « pacte de non-agression » entre les quatre groupes réunis au sein d'« une super grande coalition », alors que le groupe PPE avec le Hongrois László Trócsányi et le groupe S&D avec la Roumaine Rovana Plumb ont déjà essuyé chacun la perte d'un commissaire désigné. Il y a eu très clairement un ordre politique, a déclaré M. Freund, vendredi 4 octobre, à EUROPE. (Mathieu Bion)