Mercredi 28 août, les autorités françaises ont désigné Sylvie Goulard comme candidate au poste de commissaire européen en vue de siéger au sein de la future Commission 'von der Leyen'.
Forte d'une expérience européenne reconnue, l'actuelle sous-gouverneur de la Banque de France peut jouer un rôle majeur au sein de la Commission, selon une source de l'Élysée citée par la presse française.
La France, dont le Président a été à la manœuvre dans la désignation d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission lors des sommets européens chargés d'attribuer plusieurs hautes fonctions européennes (EUROPE 12287/1), lorgnerait sur un portefeuille économique ou lié à la protection du climat et de l'environnement. Le portefeuille du budget est aussi évoqué, si le Français Olivier Guersent devient secrétaire général le 1er novembre en remplacement de l'Allemand Martin Selmayr.
Mme Goulard est une ancienne députée européenne ayant siégé au sein du groupe libéral de 2009 à 2017. Polyglotte et fédéraliste européenne, elle s'est fortement impliquée dans la mise en place de l'union bancaire en zone euro après la crise financière de 2008.
Après avoir tenté de décrocher la présidence du Parlement début 2017 (EUROPE 11676/20), la libérale française était devenue ministre des Armées en mai de la même année au sein du premier gouvernement d'Édouard Philippe, alors que l'eurodéputée Marielle de Sarnez devenait ministre des Affaires européennes.
Cette expérience est restée éphémère, les deux femmes ayant dû démissionner en raison de l'affaire - toujours en cours - des assistants d'eurodéputés du parti centriste MoDem (EUROPE 11805/27).
L'annonce de la nomination de Mme Goulard a été approuvée par de nombreuses personnalités via les réseaux sociaux. Nathalie Loiseau (RE, française) a salué « le choix d’une Européenne de conviction ultra-compétente ». Pascal Canfin (RE, français) a loué « la connaissance intime de l’Europe, et notamment de l’Allemagne, » dont jouit Mme Goulard. Pour Sven Giegold (Verts/ALE, allemand), la commissaire candidate de la France est « une bâtisseuse de ponts » pour « une Europe capable d'agir et solidaire ».
Chez les écologistes français, le son de cloche est différent. Yannick Jadot a exprimé une « grosse gêne ». « Comment est-il possible de nommer une personne qui fait encore l'objet d'une enquête judiciaire pour les mêmes faits qui sont reprochés au Rassemblement National, à savoir le détournement d'enveloppes parlementaires au profit de son ancien parti, le MoDem ? Il ne faut pas non plus oublier qu'elle a été rémunérée à hauteur de 10 000 euros par mois pendant plus de deux ans par un think tank américain alors même qu'elle était eurodéputée », ont souligné Michèle Rivasi et David Cormand, qui coprésident la délégation française du groupe Verts/ALE.
Madame Goulard a en effet participé aux travaux du Council for the Future of Europe. Présidé par l'ancien Premier ministre italien Mario Monti, ce groupe de réflexion mis sur pied par l'Institut Berggruen est chargé de plancher sur les moyens de parvenir à une Europe unifiée. En sont membres des anciens chefs d’État (le Britannique Tony Blair, l'Allemand Gerhard Schröder), ainsi que des économistes (Joseph Stiglitz, Jean Pisani-Ferry).
Par ailleurs, la délégation socialiste française a critiqué le rôle que Mme Goulard a joué dans la réforme du Pacte de stabilité et de croissance visant à rendre les règles budgétaires européennes plus strictes après la crise financière. L'ancienne conseillère de Romano Prodi est « la thuriféraire du 'six-pack' », un ensemble de cinq règlements et d'une directive entrés en vigueur fin 2011, ont-ils déclaré dans un communiqué. Et d'ajouter : « Ce 'six-pack' – que nous avons combattu – est coresponsable de la situation économique dans laquelle nous nous trouvons, car il impose toujours plus d’austérité ».
Quant à Gilles Lebreton (ID, français), il a fustigé en Mme Goulard « une fédéraliste arrogante (...) dont il n'y a rien de bon à attendre ».
La nomination de Mme Goulard porte à treize le nombre de femmes qui pourraient siéger au sein de la future Commission, alors que Mme von der Leyen a entamé ses consultations avec les commissaires candidats (EUROPE 12313/12).
L'Italie est le dernier État membre à devoir encore nommer une personnalité politique pour pourvoir ce poste. (Mathieu Bion)