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Bulletin Quotidien Europe N° 12300
INSTITUTIONNEL / Avenir de l'ue

Les États membres évoquent la manière de concrétiser l'agenda stratégique du Conseil européen

Les ministres des Affaires européennes ont évoqué, jeudi 18 juillet, la manière de décliner l'agenda stratégique du Conseil européen dans les formations sectorielles du Conseil de l'Union européenne, alors que les discussions au Parlement sur une feuille de route stratégique sont au point mort.

« Le travail sur la mise en œuvre de l'agenda stratégique implique plusieurs formations sectorielles du Conseil de l'UE », a indiqué la présidente en exercice du Conseil 'Affaires générales', Tytti Tuppurainen. Elle a insisté sur l'importance, à travers cet exercice, d'accroître « la transparence » des travaux du Conseil et de rapprocher l'institution européenne des citoyens.

La Présidence finlandaise du Conseil a fait circuler un document détaillant le calendrier des discussions sur l'agenda stratégique, avec comme point d'orgue la discussion de suivi qu'auront les dirigeants européens fin octobre (voir : http://bit.ly/2O5wXNZ ).

Lors du débat, les États membres ont insisté sur l'importance pour le Conseil d'agir concrètement et ils ont rappelé leurs propres priorités, contenues dans l'agenda stratégique adopté fin juin (EUROPE 12279/1). A été évoquée l'idée d'un accord interinstitutionnel spécifique pour garantir la mise en œuvre des priorités stratégiques de l'UE pour les cinq années à venir.

Pour la France, le programme de la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, « est en ligne » avec l'agenda des Vingt-sept, dont les principes clés sont « la liberté, la protection et le progrès ». Elle a évoqué la possibilité d'un rendez-vous citoyen avec la nouvelle Commission européenne.

« Il ne faut pas qu'il y ait trop d'agendas stratégiques », a estimé l'Allemagne, en référence peut-être à celui que promouvra la Commission post-Juncker et aux travaux avortés du Parlement européen. Berlin est d'accord avec Mme von der Leyen sur la nécessité pour l'Europe de concrétiser le Socle de droits sociaux, d'être leader en matière de lutte contre les changements climatiques et de trouver une solution au défi migratoire.

Pour la Hongrie, c'est le Conseil qui, au final, décide. Elle a insisté sur le respect de la notion de subsidiarité et mis en garde contre les doubles standards dans le suivi du respect de l'État de droit (EUROPE 12299/7). L'Espagne a considéré que l'organisation interne de la prochaine Commission devrait refléter l'agenda stratégique européen. Et la République tchèque de demander au Conseil de s'assurer que le PE restera « un partenaire constructif » dans le travail législatif à venir.

Plaies ouvertes chez les écologistes au PE. Au Parlement européen justement, l'échec des négociations sur la feuille de route stratégique pro-européenne entre les quatre groupes principaux - PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE - a laissé des traces.

Quatrième force au PE, mais sans présence au Conseil européen, les écologistes sont particulièrement aigris. À partir du moment où les Vingt-huit ont validé la nomination de Mme von der Leyen, « feuille de route il n'y a plus », avait estimé Yannick Jadot (Verts/ALE, français), mercredi 17 juillet.

D'après le coprésident du groupe écologiste, le Belge Philippe Lamberts, le plan A - aboutir à une feuille de route pour peser en amont dans les décisions du Conseil européen sur les nominations aux hautes fonctions européennes - a échoué, car les groupes S&D et RE ont dit qu'ils ne soutiendraient pas la candidature de l'Allemand Manfred Weber, le Spitzenkandidat du Parti populaire européen. Le plan B - conditionner un vote sur un candidat à la présidence de la Commission à l’acceptation d’une feuille de route préalablement agréée - « n’a pas fonctionné non plus, car les trois groupes ont dit qu'ils allaient voter pour Mme von der Leyen », avait-il ajouté, déplorant une « opportunité ratée ».

Demeurant pragmatiques, les Verts ne ferment pas totalement la porte à une coopération avec les trois autres groupes pour former une majorité pro-européenne stable. C’est à ces trois groupes de décider s’ils veulent engager un dialogue avec nous, selon M. Lamberts, conditionnant toute coopération à la nomination de « quatre commissaires » européens au sein de la Commission 'von der Leyen'. Et d'ajouter: « S’ils nous veulent, qu’ils paient ! Si on nous veut, alors qu’on nous considère comme un partenaire égal (...). Comme on n'a obtenu aucun des 'top jobs', alors cela devrait être compensé au niveau de la Commission ».

Mercredi, le Français François-Xavier Bellamy, au nom du PPE, avait jugé « très étonnante » la réaction des écologistes quant à de « possibles arbitrages ». « Si vous voulez faire partie d’un projet commun, vous le rejoignez. Sinon, on ne peut pas exiger des choses », avait-il ajouté, constatant une « fragilité des Verts » liée à leur absence au Conseil européen. Selon lui, chaque groupe présentera ses priorités individuelles lors des auditions au PE des commissaires désignés.

Interrogé le même jour par EUROPE, la présidente du groupe S&D, Iratxe García Pérez, avait fait part de la disponibilité des sociaux-démocrates à poursuivre les discussions avec les autres groupes politiques.

Chez les libéraux, le Français Stéphane Séjourné a espéré qu'il sera encore possible de « débloquer les choses » et de « 'raccrocher' les Verts après l'élection » par le PE de Mme von der Leyen (EUROPE 12297/1). Il a noté que « cinq points figurant dans le projet d'accord de coalition à quatre groupes politiques avaient déjà été repris par Mme von der Leyen » : la question migratoire, une banque européenne pour le climat, l'objectif d'une économie décarbonée, une conférence pour l'avenir de l'UE, l'introduction d'un salaire minimum dans tous les États membres. « Après, le diable est dans le détail », a-t-il convenu. (Mathieu Bion avec Lucas Tripoteau)

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