Les relations entre l’UE et le Royaume-Uni sont au plus bas avant l’élection attendue de Boris Johnson au poste de Premier ministre, mardi, et il semble qu’elles ne s’amélioreront pas de sitôt.
Des rapports faisant état d’une réunion houleuse entre le ministre britannique en charge du Brexit, Stephen Barclay, et le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, la semaine dernière, témoignent de l’accroissement des tensions. Des responsables de l’UE ont qualifié le ton de cette rencontre de « brutal » et « hargneux », en ajoutant qu’il s’agissait de la réunion la plus hostile depuis le référendum sur le Brexit, il y a trois ans.
Les tensions se sont encore aggravées cette semaine, lorsque Boris Johnson a brandi un hareng fumé et accusé les « bureaucrates de Bruxelles » de nuire au commerce britannique des produits de la mer. La Commission européenne a répliqué en déclarant que les règles mentionnées par M. Johnson étaient en réalité imposées par le Royaume-Uni et « ne relevaient pas du champ d’application » de la législation européenne.
Des responsables de la Commission critiquent désormais ouvertement leurs homologues britanniques, alors que son premier vice-président, Frans Timmermans, a décrit des ministres britanniques « courant dans tous les sens comme des idiots » au début des négociations sur le Brexit à Bruxelles, en 2017. Il a émis ces commentaires il y a plusieurs mois, pour un documentaire réalisé par la BBC et diffusé cette semaine. Le ministre du cabinet David Lidington y révélait également que l’UE avait secrètement proposé au Royaume-Uni une pause de cinq ans sur le Brexit en 2018.
Bloomberg News a accédé à un document de Commission établissant les plans du bloc destinés à renforcer les règles d’« équivalence » pour les entreprises financières établies en dehors de l’UE. Elles seront considérées équivalentes (et donc susceptibles d’accéder au marché unique de l’UE) uniquement après une « évaluation rigoureuse effectuée au cas par cas », alors que les pays « à grand impact » «présentent un ensemble de risques plus significatifs que la Commission devra aborder ».
Pas d’accord ? Pas question
Les positions face au Brexit s’affirment également au sein du Parlement britannique, reflétant une tendance qui s’installe parmi la population.
Un sondage réalisé par le site web Politico révèle que les électeurs britanniques sont désormais divisés entre deux extrêmes : révoquer l’article 50 ou quitter l’UE sans accord. Selon des analystes du groupe Eurasia, il existe un risque « substantiel » de « no-deal », mais des élections anticipées seraient plus probables.
Les députés en faveur du maintien se battent contre une sortie désordonnée en repoussant les limites de la législation britannique. Ils ont adopté un amendement (à un projet de loi initialement conçu pour poser les bases relatives à une administration directe en Irlande du Nord) qui empêcherait une longue suspension du Parlement ; une menace formulée par M. Johnson afin, selon lui, d’imposer un « no-deal ». Cet amendement est considéré comme le premier défi d’un exécutif emmené par M. Johnson, étant donné que la seule manière d’éviter l’entrée en vigueur de la mesure consiste à restaurer un gouvernement décentralisé en Irlande du Nord le 21 octobre, voire avant.
Retour au filet de sécurité
L’Irlande du Nord pourrait donc empêcher un Brexit sans accord ou en être la cause.
Johnson et son concurrent au poste de Premier ministre, Jeremy Hunt, ont effectivement exclu de négocier la politique d’assurance du filet de sécurité voulue par l’UE en ce qui concerne la frontière entre l’Irlande du Nord et l’Irlande, demandant à ce qu’elle soit totalement supprimée du projet d’accord de retrait. M. Johnson a déclaré à la radio britannique qu’il était opposé aux « délais ou trappes d’évacuation unilatérales, ou tous ces dispositifs, glossaires, codicilles complexes et autres », tandis que M. Hunt était d'accord avec ces propos, ajoutant : « Le filet de sécurité, en l’état, est mort ».
Mais le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, voit une solution dans le filet de sécurité initial de l’UE, qui ne s’appliquerait qu’à l’Irlande du Nord, bien qu’il ait reconnu sur les ondes de la RTE, cette semaine, qu’elle ne serait pas bien accueillie par le parti unioniste démocrate, qui a soutenu le gouvernement conservateur.
Vendredi, M. Barnier a rencontré le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, afin de discuter des préparatifs relatifs à l’Irlande en vue d’une absence d’accord et de l’informer des éventuelles concessions de l’UE pour faire passer l’accord auprès des Britanniques. Mais ces concessions (par exemple, accorder davantage d’importance aux « arrangements alternatifs » pour la frontière, mais en aucun cas renoncer au filet de sécurité) ne seront sans doute pas suffisantes pour le Royaume-Uni.
Entre-temps, le bureau britannique pour la responsabilité budgétaire a testé un Brexit sans accord, expliquant qu’il pourrait entraîner une récession et mener à des emprunts supplémentaires de 30 milliards de livres par an à partir de 2020-2021. Et cette semaine, la commission parlementaire britannique pour la sortie de l’UE a prévenu qu’un Brexit sans accord « serait la plus mauvaise option d’un point de vue économique pour le Royaume-Uni ». (Version originale anglaise par Sarah Collins)