Le soja et le colza d'Amérique du Nord contenant des OGM non autorisés en Europe pourraient entrer dans l'UE, car, en l'absence de protocoles de test européen, les gouvernements de l'UE ne sont actuellement pas en mesure de tester les importations d'une nouvelle génération de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux génétiquement modifiés (baptisés OGM 2.0), a averti l'ONG Les Amis de la Terre Europe (FoEE), vendredi 19 juillet.
Cet avertissement, lancé au lendemain du sommet UE/Canada, se fonde sur ce que révèlent des documents obtenus par Les Amis de la Terre Europe et Corporate Europe Observatory (CEO), pointant la responsabilité de la Commission européenne (DG Santé) qui, en avril 2017, a bloqué la recherche sur les tests de ces OGM.
En juillet 2018, la Cour de justice de l’UE a statué que les OGM 2.0 sont couverts par la législation de l'UE, laquelle impose des contrôles et des tests réguliers des importations (EUROPE 12070/6).
« Le public et l'environnement sont mis en danger parce que la Commission européenne n'a pas respecté la législation de l'UE et n'a pas développé de méthodes de test pour les nouveaux aliments génétiquement modifiés. Il est urgent d'empêcher les agriculteurs de planter accidentellement des semences génétiquement modifiées en Europe et de rassurer les citoyens sur le fait qu'ils ne mangent pas par inadvertance des aliments génétiquement modifiés non autorisés et non testés », commente, dans un communiqué, Mute Schimpf, expert en alimentation et en agriculture chez FoEE.
Partant, l'ONG exhorte la Commission à identifier urgemment une méthode de test européenne.
La correspondance entre les États membres et la Commission européenne obtenue par le biais de demandes d'accès à l'information ainsi que les documents officiels et les déclarations des différents gouvernements nationaux montrent que :
- les autorités nationales ne peuvent pas contrôler si les importations de semences, de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux contiennent de nouveaux OGM non autorisés.
- les importations de colza canadien et de soja américain destinés à l'alimentation humaine et animale sont les plus susceptibles d'être contaminées par des OGM non autorisés.
- les gouvernements sont prêts à remplir leurs obligations légales et à tester les denrées alimentaires, les aliments pour animaux et les semences importés, dès que la Commission européenne aura rendu publiques les méthodes de test. Toutefois, la Commission européenne s'est abstenue de coordonner un processus de mise à jour des contrôles des importations d'OGM 2.0, y compris des essais.
Rappelons que, pour permettre la reprise des négociations commerciales avec les États-Unis, promesse a été faite en juillet 2018 par le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, au nom de l’UE, d’accroître les importations de soja américain (EUROPE 12071/2). (Aminata Niang)