« L’UE est contradictoire dans son approche », a déclaré le conseiller politique du Gouvernement d’accord national (GNA) de Libye, Taher El-Sonni, lors d’un débat sur le thème 'L’impasse en Libye', tenu mardi 16 juillet au CEPS à Bruxelles.
Le conseiller du GNA a déploré que l’Union européenne « travaille plus à repousser les migrants et le terrorisme qu’à soutenir les civils » en Libye, sollicitant la sécurisation de la frontière sud du pays et des solutions à long terme. La Libye n’est qu’« un point de passage de la migration » et il faut « combattre les trafiquants de migrants tous ensemble », a-t-il insisté, ajoutant que les requêtes européennes pour arrêter les ‘passeurs’ en Libye devaient aussi cibler les ‘receveurs’ en Europe. Depuis 2014, sur un demi-milliard d’euros de fonds européens consacrés à la Libye, environ 65% ont été alloués au problème migratoire, selon le GNA.
L’attaque menée le 4 avril aux alentours de Tripoli par l’armée de libération nationale (LNA), empêchant la tenue de la Conférence nationale, est un « coup d’État porté contre l’accord politique et la légitimité du gouvernement », selon Taher El-Sonni, qui déplore que « les déclarations [de l’UE] ne citent pas les coupables » (EUROPE 12235/13). Il a aussi alerté sur la rhétorique du général Haftar, qui qualifie les membres du GNA de terroristes pour légitimer ses actions.
Alors que Paris est décrié pour son soutien au général Haftar, l’ambassadeur de France auprès du Comité politique et de sécurité (COPS), Nicolas Suran, a expliqué qu’il s’agissait de « donner un consentement à la lutte contre le terrorisme » à Benghazi.
Les participants à la conférence sont convenus qu’aucune solution militaire n’est viable dans une Libye où circuleraient 20 millions d’armes. Seul un accord politique entre l’Est et l’Ouest du pays est privilégié. Cependant, les perspectives de négociations sont rendues incertaines par une « guerre par procuration » ('proxy war'). Sameh Habeeb, directeur du Centre international pour les relations diplomatiques de Londres, a notamment mis en avant certaines « autocraties arabes » qui attisent les tensions et arment certains groupes, en violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Il a également observé qu’à Tripoli, société civile et partis politiques perçoivent Haftar comme un « chef de guerre » et que, sur le terrain, « la position de l’UE se réduit ».
Pour « changer la nature de la crise », le Gouvernement d'accord national demande un soutien à la tenue d’élections, seul moyen « d’avoir un gouvernement légitime » pour agir contre les groupes armés, selon M. El-Sonni. « Le système [centralisateur] hérité en Libye [de Khadafi, NDLR] est l’une des principales raisons » de la situation actuelle, a-t-il précisé, ajoutant que « la décentralisation est l’un des principaux éléments de l’initiative du Président (du GNA) al-Sarraj ».
Pour le Service européen d’action extérieure (SEAE), il faut tout d’abord s’assurer que « les règles du jeu seront acceptées par toutes les parties » en soutien à la Conférence nationale, a souligné Colin Scicluna, directeur pour le Maghreb au SEAE. Il a également plaidé pour une résolution forte du Conseil de sécurité des Nations Unies, admettant que l’UE « fait beaucoup, mais pour peu de résultats » et concédant que les efforts doivent désormais aller au-delà des problèmes migratoires (EUROPE 12283/14). (Martin Molko, stagiaire)