Entamées à l’été 2018, les discussions sur la mise en place d’un mécanisme temporaire de débarquement des migrants dans les ports européens sont-elles sur le point d’aboutir à un vrai système structuré ?
Réunis à Helsinki jeudi 18 juillet, plusieurs ministres de l’Intérieur ont insisté pour que ce soit le cas et mis sur la table un nouveau plan de route, mais ces discussions devront encore « se poursuivre », a dit la ministre de l’Intérieur finlandaise, Maria Ohisalo. En effet, certains blocages persistent, notamment sur les lieux de débarquement des migrants secourus en mer. Une réunion se tiendra à Paris le lundi 22 juillet entre ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de l’UE pour faire encore avancer les travaux. Une autre réunion aura ensuite lieu début septembre, à Malte.
Les ministres de l’Intérieur se sont penchés sur le sujet dès mercredi 17 juillet, au soir, lors d’un dîner organisé par la Présidence, puis dans la journée du 18 juillet. Même s’il n’a pas encore été possible d’arrêter définitivement les contours de ce dispositif, qui mobilise, depuis 2018, environ 11 États membres selon les situations, le commissaire européen Dimitris Avramopoulos, lui aussi, a décrit, jeudi soir, un développement positif « avec plus de pays membres volontaires » pour y participer. Pour rappel, le mécanisme doit aider l’Italie et Malte à faire face aux nouveaux bateaux et à l'accueil des migrants en s’appuyant sur la relocalisation dans d’autres pays.
C’est sur la base de propositions franco-allemandes qu’auraient été observés ces légers progrès. Ces propositions, qui ne semblent pourtant pas neuves, consistent à engager les pays volontaires à accueillir les personnes sauvées en haute mer par des bateaux privés (ONG) en vertu d’un mécanisme de relocalisation coordonné par la Commission, au moins jusqu’à octobre ou la fin 2019.
En matinée, 5 ministres se sont rencontrés plus spécifiquement sur le sujet : les ministres italien, maltais, français, allemand et finlandais. Plus tard, en conférence de presse, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, a semblé ne pas s’y opposer, mais a souligné qu’il était important pour Rome que le document exclue la notion de ports européens les plus proches, qui implique un poids particulier pour l’Italie ou Malte.
Objectif de 15 pays
Ces ministres se seraient en tout cas fixé l’objectif de sécuriser au moins « 15 pays » autour de ce dispositif, a dit le ministre français, Christophe Castaner. Lors de cette réunion matinale, a été rappelé l’impératif de sauver des vies en mer et d’éviter les situations où les gens restent bloqués des semaines ou des jours dans l’attente d’une solution, a dit le ministre allemand, Horst Seehofer. Mais l’importance de ne pas favoriser les effets d’appels d’air a aussi été clairement soulignée, a-t-il ajouté. Il est donc aussi important que les ONG jouent le jeu, l’objectif du dispositif étant de ne pas donner l’impression qu’il favorise l’immigration irrégulière, a repris de son côté Horst Seehofer.
Depuis l’été 2018 et les premiers blocages imposés par Matteo Salvini aux bateaux d’ONG, une poignée d’États membres se sont entendus pour se répartir les personnes secourues, mais sans cadre précis. C’est cet exercice que la Présidence roumaine avait ensuite essayé de formaliser dans des lignes directrices.
L’objectif est maintenant d’avoir un système opérationnel activé dès qu’une situation similaire se reproduit, un système « limité dans le temps, mais aussi limité dans le nombre de personnes » qu’il prend en charge, a encore précisé le ministre français.
Cette discussion s’est accompagnée en parallèle d’un débat plus général, jeudi, sur les politiques migratoires et d’asile de l’UE, car, comme l'a rappelé la ministre finlandaise, ces travaux sur les mécanismes temporaires de débarquement « n’enlèvent rien » aux efforts à faire pour réformer le système européen d’asile, des efforts qui, jusqu'ici, n'ont pas permis de « résoudre l’équation entre responsabilité et solidarité ». Dans ce domaine, la prochaine étape sera toutefois celles des déclarations de Mme von der Leyen, qui a annoncé une relance du Paquet asile, sans dire, à ce stade, si cela passera par le retrait ou le maintien des textes actuellement sur la table. (Solenn Paulic)