Nous sommes plus proches que jamais d’un Brexit sans accord, mais un nouveau Premier ministre britannique entraînera-t-il vraiment son pays dans cette voie ?
Boris Johnson et Jeremy Hunt, les deux candidats en lice pour diriger l’exécutif, laissent l’option du « no deal » sur la table, malgré les efforts de leurs collègues pour éviter ce scénario. Le 9 juillet, la députée conservatrice Justine Greening a écrit dans l’Independent en ligne qu’une sortie sans accord « menaçait » l’union du Royaume-Uni, qui s’en verrait « ébranlée », au même titre que la paix et l’économie en Irlande du Nord. « Il n’existe pas de mandat démocratique pour le no deal », a-t-elle souligné.
Cette semaine, Simon Coveney, le ministre irlandais des Affaires étrangères, a qualifié l’absence d’accord de « sombre perspective », anticipant la perte de près de 55 000 emplois et demandant aux entreprises de se préparer pour les futures procédures douanières. Le gouvernement a également mis en garde les acheteurs en ligne qui pourraient être confrontés à une hausse des coûts de la TVA en cas de Brexit dur.
Mais c’est toujours l’Irlande du Nord qui suscite les plus vives inquiétudes et qui subira de plein fouet les conséquences du Brexit, alors qu’un rapport de la fonction publique prévoit une perte d’au moins 40 000 emplois. Le Parlement britannique a posé un ultimatum aux unionistes et aux nationalistes, après plus de deux ans d’impasse dans les discussions sur le partage du pouvoir. S’ils ne parviennent pas à former un gouvernement avant le 21 octobre (soit quelques jours avant le jour du Brexit), le Royaume-Uni rétablira l’administration directe du pays et y étendra le droit à l’avortement et le mariage pour tous, une mesure à laquelle s’oppose avec virulence le parti unioniste démocrate, dont dix députés soutiennent le gouvernement conservateur à Westminster.
Cette administration directe compliquera toutefois la recherche d’une solution pour garder la frontière dépourvue d’infrastructures, tout en protégeant l’économie de l’UE contre la contrebande, les risques liés à la sécurité alimentaire et la fraude.
Alors que le gouvernement irlandais a reconnu cette semaine qu’il faudra instaurer des contrôles sur les marchandises - en particulier sur les animaux et les produits d’origine animale - qui transitent de l’Irlande du Nord vers l’Irlande, les points où auront lieu ces contrôles ne sont pas encore déterminés. Des responsables irlandais s’entretiennent actuellement avec la Commission européenne afin de trouver une solution et ces discussions devraient se poursuivre tout au long de l’été.
Les responsables européens et irlandais font face aux mêmes problèmes que lors de la rédaction de la solution du « filet de sécurité » pour la frontière irlandaise, que M. Johnson et M. Hunt ont promis de modifier. Selon l’Irish Times, M. Coveney aurait déclaré cette semaine, lors d’un entretien privé, que les deux candidats au poste de Premier ministre « débattaient de manière totalement hypocrite » sur le Brexit, en ajoutant qu’ils « devraient faire preuve de davantage de discernement ».
Pour leur part, les analystes du groupe Eurasia se montrent plus optimistes et avancent qu’un accord peut être conclu en « enterrant » pour ainsi dire le filet de sécurité en prolongeant la période de transition au-delà de 2022. Cette option laisserait plus de temps à l’UE et au Royaume-Uni pour proposer des « arrangements alternatifs » au sujet de la frontière dans le cadre d’un nouvel accord commercial. Toutefois, l’UE et l’Irlande insisteront pour que le filet de sécurité soit maintenu dans le traité, un compromis que les députés conservateurs ne semblent pas prêts à soutenir.
Ursula von der Leyen, la candidate à la présidence de la Commission, a affirmé cette semaine aux députés européens que l’accord de retrait ne serait plus négocié, y compris en ce qui concerne le volet consacré au filet de sécurité. Elle a également ajouté qu’elle préférerait que le Royaume-Uni reste dans l’UE (EUROPE 12293/2), une possibilité que les responsables ont depuis longtemps écartée à Bruxelles.
Entre-temps, la course à la tête du parti conservateur se poursuit. Le vainqueur sera annoncé le 23 juillet. Selon des responsables britanniques, en cas de victoire, M. Johnson présentera une brève motion à la Chambre des communes, le 25 juillet, pour demander un mandat l’autorisant à négocier un accord modifié et, en cas d’échec, à sortir le pays de l’UE sans accord.
Du côté des députés européens britanniques récemment élus, la vie suit son cours. Cette semaine, deux d’entre eux, Chris Davies et Lucy Nethsingha, du parti Renew Europe, ont même décroché un siège, respectivement à la commission de la pêche et à la commission des affaires juridiques (EUROPE 12293/5). Les députés européens britanniques de Renew Europe ont également obtenu la première vice-présidence de la sous-commission des droits de l’homme (Irina Von Wiese), alors que Seb Dance du parti S&D a été choisi pour occuper la deuxième vice-présidence de la commission de l’environnement. (Version originale anglaise par Sarah Collins)