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Bulletin Quotidien Europe N° 12293
INSTITUTIONNEL / Commission

Mme von der Leyen s'efforce de rassembler une majorité politique sur sa personne au PE

La candidate désignée à la présidence de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'est fortement impliquée, mercredi 10 juillet au Parlement européen, pour convaincre les eurodéputés qu'elle est apte à un tel poste et possède une vision pro-européenne suffisamment ambitieuse.

« Je travaille dur pour construire une majorité au Parlement européen », a déclaré la chrétienne-démocrate, se qualifiant d'« Européenne de cœur et de conviction » - et le Parlement, de « cœur de la démocratie européenne ».

Lors de deux auditions publiques des groupes politiques Renew Europe et Verts/ALE, la chrétienne-démocrate allemande a tenté de donner quelques gages aux députés sur des enjeux tels que le climat, la démocratisation de la vie politique ou le respect de l'État de droit dans l'Union européenne, mais sans trop promettre sur les portefeuilles qui seront attribués aux futurs commissaires tant qu'elle n'aura pas été élue par une majorité absolue (376 députés) au Parlement.

À l'issue d'une rencontre avec la conférence des présidents des groupes politiques, la candidate désignée a promis d'appuyer une possible initiative s'inspirant d'une position majoritaire du PE permettant de faire renaître le processus des candidats têtes de liste ('Spitzenkandidaten'). Elle a aussi estimé nécessaire de « fixer un prix aux émissions de dioxyde de carbone » et promis de « se battre pour un salaire minimum dans tous les États membres ». À propos du Brexit, elle espère qu'en fin de compte, le Royaume-Uni restera dans l'UE, la décision étant du seul ressort des Britanniques.

Toutefois, à ce stade, la majorité pro-européenne confortable - qui serait idéalement composée des groupes chrétien-démocrate (PPE), social-démocrate (S&D), libéral (Renew Europe) et écologiste (Verts/ALE) et dont Mme von der Leyen a besoin pour débuter un mandat dans les meilleures conditions - ne semble pas totalement garantie.

Les groupes PPE et Renew Europe ne seront pas très difficiles à convaincre. « Notre intention est d'être en mesure de la soutenir », a dit le président du groupe libéral, le Roumain Dacian Cioloș, même si la libérale allemande Ulrike Müller a dit qu'elle s'y opposerait.

M. Cioloș a certes qualifié de « très utile » le débat entre son groupe et la candidate désignée, mais il aussi prévenu que le vote des libéraux n'était pas acquis d'office, demandant des engagements plus forts sur des questions telles que le processus des Spitzenkandidaten et une égalité parfaite entre le social-démocrate néerlandais Frans Timmermans et la libérale danoise Margrethe Vestager dans la hiérarchie de la prochaine Commission.

Sur ce point, réclamant une Commission composée d'autant de femmes que d'hommes, Mme von der Leyen a promis aux libéraux que Mme Vestager disposerait d'un portefeuille à la hauteur du travail « exceptionnel » qu'elle a réalisé dans la Commission 'Juncker'.

Le groupe S&D détient la clé

Le soutien à Mme von der Leyen sera plus compliqué à gauche de l'échiquier politique. Le groupe S&D se présente très divisé. Il semble acquis que les sociaux-démocrates allemands et les socialistes français rejetteront la candidature de Mme von der Leyen.

Après l'audition, ce matin, de Mme von der Leyen, « je n'ai pas l'impression que le soutien au sein du groupe a augmenté », a déclaré à EUROPE l'Allemand Jens Geier, chef de la délégation au PE du parti SPD. Non seulement nous faisons « un principe » du maintien des Spitzenkandidaten, mais nous sommes aussi déçus des positions prises par la candidate désignée, a-t-il ajouté. Il l'a trouvée trop molle sur l'État de droit et sur les questions économiques. Et de se demander comment les Allemands réagiraient au curriculum vitae d'un commissaire candidat ayant les mêmes démêlés avec la justice auxquels Mme von der Leyen doit faire face de par sa position de ministre de la Défense (EUROPE 12288/5).

À noter que M. Geier a lui-même demandé à sa compatriote si M. Timmermans conservera le dossier de l'État de droit au sein de la Commission. Selon l'élu du SPD, la candidate désignée lui a répondu qu'il reviendrait à M. Timmermans seul d'en décider.

Au début de l'audition à huis clos, la présidente du groupe S&D, l'Espagnole Iratxe García, a fait part à la chrétienne-démocrate allemande de l'« amertume » du groupe après que le Conseil européen, sous l'impulsion notamment de la Pologne et de la Hongrie, a écarté la candidature du Spitzenkandidat social-démocrate, Frans Timmermans, dans la course à la présidence de la Commission, selon une source (EUROPE 12287/1). Selon cette source, Mme von der Layen n'était « pas convaincante » sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance, alors que les socialistes demandent que les investissements favorables à la lutte contre les changements climatiques soient exonérés des règles budgétaires européennes. Et de prédire qu'environ « 50 députés » sociaux-démocrates rejetteront Mme von der Leyen, quoi qu'il arrive.

Les Verts/ALE presque dans l'opposition

Déjà pressentie (EUROPE 12291/1), l'opposition des écologistes a encore plus pris corps, mercredi, après l'audition de Mme von der Leyen au sein du groupe Verts/ALE.

La chrétienne-démocrate a certes dit être « absolument engagée » afin que l'UE se fixe pour objectif 2050 pour atteindre la neutralité climatique en poursuivant un objectif de réduction des émissions de CO2 plus ambitieux - « 50 % » - en 2030 alors que le précédent PE s'est prononcé pour un seuil de 55%. Elle a estimé que le mécanisme ETS d'échange de quotas d'émissions de gaz à effet de serre devrait être élargi pour inclure les secteurs aérien et maritime. Elle a repris à son compte l'idée du président français, Emmanuel Macron, de créer une « Banque européenne du climat ». Elle a prôné des investissements massifs dans la transition énergétique et technologique, tout en faisant valoir que le point de départ diffère selon les États membres. Et elle a estimé que l'UE pourrait remettre en cause un accord de libre-échange si ses clauses environnementales ne sont pas respectées. Enfin, sur le défi migratoire, elle a ouvert la porte à une réflexion sur l'ouverture de canaux légaux pour l'arrivée de migrants dans l'UE.

Mais, interrogée par la présidente de la commission des transports, Karima Delli, sur la création d'une agence européenne de contrôle des émissions polluantes en réponse au 'dieselgate' ayant impliqué l'industrie automobile allemande, Mme von der Leyen est restée vague, prônant une politique « ambitieuse » et la mobilisation de ressources issues de l'industrie pour investir dans la recherche sur des technologies propres. Sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC), elle a estimé que la PAC devait devenir « une politique alimentaire », alors que le Français Yannick Jadot, lui, a demandé de retirer la proposition législative sur la table.

Il faudra donc que la candidate désignée soit en mesure de faire des promesses plus fortes et plus concrètes pour bénéficier d'une majorité confortable au Parlement.

Déjà, l'hypothèse d'un report en septembre du vote sur la candidature de Mme von der Leyen, prévu mercredi 17 juillet, est évoquée. À l'issue de l'audition du groupe Renew Europe, le Français Stéphane Séjourné ne l'a pas écartée. Côté SPD allemand, M. Geier a estimé que cette idée de reporter le vote « prenait de la consistance ».

Selon une source parlementaire, un report pourrait intervenir si Mme von der Leyen comprend qu'elle n'obtiendra pas une majorité suffisamment confortable sur sa personne ou si elle a besoin, pour être élue, des voix des eurosceptiques tels que les membres du groupe CRE. Or, les souverainistes sont particulièrement remontés après que les eurodéputés des groupes pro-européens ont rejeté la candidature de l'élue issue du PiS polonais, Beata Szydło, à la tête de la commission de l'emploi et des affaires sociales (EUROPE 12293/3).

Qualifiant ce rejet d'« insulte » aux électeurs de Mme Szydło, le coprésident du groupe CRE, Ryszard Legutko, a estimé qu'« il n'encouragera pas (son groupe) à soutenir un consensus transpartisan la semaine prochaine ». (Mathieu Bion avec Lucas Tripoteau)

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