Malgré des promesses d’un traitement au cas par cas et le profil des candidats, le cordon sanitaire pressenti depuis plusieurs jours a bien été mis en place contre le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID), lors des sessions constituantes des commissions parlementaires, mercredi 10 juillet.
Ainsi, les commissions ‘Agriculture’ (AGRI) et ‘Affaires juridiques’ (JURI) ont rejeté les candidatures des groupes ID, respectivement celles de Maxette Pirbakase et Gilles Lebreton, pour nommer, en AGRI, l’Allemand Norbert Lins et, en JURI, la Britannique Lucy Nethsingha (Renew Europe).
Le cordon sanitaire ne s’est pas limité aux seuls postes de présidence, mais a été étendu aussi aux sièges de vice-présidents, notamment en commission du Commerce international (INTA), où l’Allemand Maximilian Krah a été évincé, et en commission des Libertés civiles et justice (LIBE), en Affaires constitutionnelles (AFCO), en Pêche (PECH), en Affaires économiques et monétaires (ECON) ou encore en Contrôle budgétaire (CONT) (voir autre nouvelle).
Le même sort devrait être réservé à l’Italienne Francesca Donato, qui ne doit son sursis qu’à un report des votes en raison d’un manque de respect des règles internes en matière de parité entre les sexes.
Un traitement discriminatoire ?
Réagissant auprès d’EUROPE, Sergio Garuzzo, un des secrétaires généraux adjoints du groupe ID, a fustigé un « comportement totalement discriminatoire » et une « démocratie de façade ».
Alors que les parlements nationaux disposent tous de garanties pour la représentation des minorités politiques, le Parlement européen, lui, est le seul à ne prévoir aucune garantie, a-t-il dénoncé. La règle d’Hondt n’est en effet inscrite nulle part et ne constitue qu’un ‘gentlemen’s agreement’. « Ce comportement totalement arbitraire est donc parfaitement légal », a-t-il déploré.
Décevant, certes, mais pas vraiment une surprise, puisque le ton avait déjà été donné lors de l’élection, la semaine dernière, des vice-présidents du PE (EUROPE 12288/1). Mais, ici, le cordon sanitaire ne s’applique pas seulement au groupe ID, mais aussi à d’autres groupes politiques et même aux gouvernements polonais et hongrois, a relevé M. Garuzzo.
Interrogé sur un éventuel changement de stratégie du groupe, qui, lors de sa constitution (EUROPE 12274/8), avait laissé entendre que, cette fois-ci, il souhaitait réellement s’impliquer dans les travaux du PE, M. Garuzzo a indiqué qu’il y avait encore une évaluation à faire. « Aujourd’hui, nous avons la preuve concrète que le cordon sanitaire a finalement été appliqué ; le groupe en prend acte ». Et d'ajouter néanmoins : « nous resterons dans la politesse politique et respecterons les règles ».
Et de potentielles alliances avec d’autres groupes ou députés ? M. Garuzzo n’a pas souhaité trop s’avancer. « Cela se fera au cas par cas, en fonction des commissions parlementaires », a-t-il répondu.
Le cordon sanitaire a dépassé les candidats du seul groupe d’extrême droite pour être appliqué à certains candidats du CRE, voire du PPE (voir autre nouvelle), en raison de leur appartenance aux partis gouvernementaux en Pologne et Hongrie, quelque peu mis au ban de l'Union européenne en raison de leurs dérives autoritaires. (Pascal Hansens avec Marion Fontana)