La France et l’Allemagne devraient présenter dans quelques jours un document commun sur la politique industrielle européenne, ont indiqué des sources françaises à EUROPE, en marge des journées allemandes de l’industrie, mardi 4 juin à Berlin.
« Nous sommes arrivés à un point où il faut prendre des décisions », a déclaré le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, lors de cet événement.
Paris et Berlin seraient en effet « proches d’un accord » sur une nouvelle approche franco-allemande pour réformer les règles de concurrence européennes, a précisé une source française haut placée (EUROPE 12267/14). Seul point de discordance encore sur la table : la responsabilité donnée au Conseil de l'UE pour renverser une décision de fusion prise par la Commission européenne.
Intervenant après la chancelière Angela Merkel, les ministres allemands de l’Économie, Peter Altmaier, et des Finances, Olaf Scholz, puis M. Le Maire, ont défendu tour à tour une politique industrielle qui ne serait « pas un nationalisme européen, mais qui privilégierait la défense d’intérêts économiques communs » pour faire face à la concurrence parfois agressive de la Chine et des États-Unis, selon la formulation de M. Altmaier.
Volontariste, le ministre français a souhaité un continent européen « à la pointe de la technologie, doté d’un capitalisme à la fois efficace et juste, à la fois en croissance et protégeant l’environnement ». « C’est un vaste champ, mais nous allons y arriver », a-t-il conclu. Après 25 minutes de discours en allemand défendant l’interventionnisme public, il a été longuement ovationné par les représentants de l’industrie allemande, en reprenant la formulation d’Angela Merkel lors de l'afflux massif de réfugiés en 2015: « Wir schaffen das! ».
Concrètement, le nouveau document franco-allemand prolongera le manifeste présenté mi-février en mettant l’accent sur la protection de l’investissement et la réciprocité en matière de marchés publics (EUROPE 12197/5).
Les champs de coopération industrielle pourraient également être élargis. En février, la France et l’Allemagne avaient précisé les contours d'une coopération paneuropéenne pour la production de batteries pour les véhicules électriques. De nouveaux secteurs entreraient dans la course: l'intelligence artificielle, le stockage en ligne des données ('cloud computing'), la cybersécurité. L’Allemagne souhaiterait également davantage de coopération industrielle afin de développer une production d’acier pauvre en carbone. (Nathalie Steiwer)