À l’occasion du sommet entre l'Union européenne et le Japon, le Premier ministre japonais, Shinzō Abe, les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont rappelé, jeudi 25 avril, leur engagement commun, au sein des enceintes multilatérales, à défendre un ordre international encadré par des règles (EUROPE 12241/1).
Du point de vue du commerce bilatéral, avec l’entrée en vigueur de leur accord de partenariat économique en février 2019, Européens et Japonais ont salué, dans leur déclaration commune, « un des plus grands succès des relations UE-Japon ». « C'est un message clair au monde que le Japon et l'UE se tiennent côte à côte », a ajouté M. Tusk devant la presse.
Avec la mise en œuvre de ce traité s’est en effet ouverte la plus grande zone de libre-échange du monde : une fois l'accord pleinement mis en œuvre, le Japon aura supprimé les droits de douane sur 97 % des marchandises importées de l'UE ainsi que plusieurs obstacles non tarifaires. Les échanges annuels pourraient augmenter, à terme, de près de « 36 milliards d'euros », a souligné M. Juncker (EUROPE 12184/3, 12178/3).
L'UE et le Japon ont par ailleurs discuté de l’accès à leurs marchés respectifs des produits agroalimentaires. À ce titre, ils se sont félicités de l'ajout du Japon à la liste des pays tiers de l'UE pour le lait cru, les produits laitiers, les œufs et les produits à base d'œufs. Ils ont promis de continuer à travailler sur les « questions en suspens respectives », dit la déclaration, parmi lesquelles le réexamen des mesures en matière d'importation et les travaux en cours sur la régionalisation.
Se poursuivront également les pourparlers sur un accord de protection des investissements (EUROPE 12241/1).
Renforcer la coopération sur le plan international
Quant aux défis posés au système commercial multilatéral, le Japon et l’UE s’engagent à travailler main dans la main en préparation du sommet du G20 à Osaka, en juin prochain, pour soutenir « un ordre international basé sur des règles », lit-on dans la déclaration. Ils s’engagent à « renforcer le système commercial multilatéral avec l’OMC, qui en est le cœur », en lançant au plus vite des négociations en vue de réformer l'organisation, en particulier sur les questions de subventions industrielles et les transferts forcés de technologie (EUROPE 12240/14).
Bien que Tokyo se montre, face à Washington, plus timide sur la problématique de la réforme de l’organe d’appel de l’OMC (EUROPE 12146/16), M. Abe s’est toutefois engagé aux côtés de l’UE pour « coopérer afin de garantir le bon fonctionnement de l'organe d'appel », note la déclaration.
Européens et Japonais ont souligné aussi leur volonté d’intensifier leur coopération concernant les affaires étrangères, la sécurité et la défense. Ils entendent promouvoir le multilatéralisme et un ordre international fondé sur des valeurs et des règles, avec l’ONU en son centre.
La déclaration réaffirme leur engagement commun à « régler la question du démantèlement complet vérifiable et irréversible par la Corée du Nord de ses armes nucléaires et autres armes de destruction massive et de ses programmes de missiles balistiques de toutes portées ». Même chose pour les enlèvements de citoyens japonais par Pyongyang.
Et, alors que le dirigeant nord-coréen a rencontré le président Poutine à Vladivostok, les deux parties apportent leur soutien aux efforts actuels des États-Unis « en vue d’un engagement diplomatique en faveur de la paix et de la sécurité dans la péninsule coréenne ». Devant la presse, M. Tusk a aussi insisté sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine (EUROPE 12240/11).
Mettant l’accent sur la sécurité maritime, en particulier en mer de Chine méridionale et orientale, les deux parties rappellent qu’il est essentiel de s'abstenir de recourir à la force et aux actions unilatérales contraires à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
La sécurité maritime est par ailleurs un des domaines sur lesquels les deux parties veulent intensifier leur dialogue et leur coopération, comme le sont la lutte contre le terrorisme, la cybersécurité et la gestion des crises.
Action déterminée en faveur du climat et du développement durable
Japonais et Européens sont convenus de coopérer afin d’insuffler un nouvel élan à la concrétisation du programme onusien de développement durable pour l’horizon 2030 et ses 17 ODD lors du sommet de l’ONU en septembre à New York (EUROPE 12228/16).
Sur la lutte contre le changement climatique, ils ont souligné l’urgence d’une montée en puissance des efforts mondiaux, eu égard notamment au dernier rapport du GIEC sur l’hypothèse d’un réchauffement mondial de 1,5 degré C. Ils ont également confirmé leur engagement à « mettre en œuvre intégralement et efficacement l’Accord de Paris » sur le climat et leur détermination à faire preuve de leadership par des stratégies de long terme « ambitieuses » à soumettre à l’ONU en 2020.
Sur ce point, la déclaration finale ne parle pas de neutralité climatique. Elle se réfère strictement à l’Accord de Paris, qui prévoit que les émissions anthropiques et les absorptions de carbone s’équilibrent dans la deuxième moitié du siècle.
Les deux parties œuvreront aussi au succès du sommet du G20 d’Osaka en juin, s’agissant en particulier de « l’importance d’accélérer un cercle vertueux entre l’environnement et la croissance » grâce à l’innovation. Elles renforceront leur coopération pour assurer le succès du sommet mondial sur le climat de septembre, relever le niveau des engagements sur la table et combler l’écart avec ce qu’exigent les objectifs de l’Accord de Paris.
Européens et Japonais ont également reconfirmé leur détermination à s’attaquer aux défis environnementaux en développant l’économie circulaire, en stimulant l’efficacité énergétique et en luttant concrètement contre la pollution des océans par les produits plastiques.
L'UE et le Japon ont salué les décisions autorisant la reconnaissance mutuelle d'un niveau équivalent de protection des données (EUROPE 12178/3). Le Japon a fait de l'enjeu de la circulation des données dans un environnement sûr un axe de sa présidence du G20. À ce titre, M. Juncker a apporté le plein soutien de l'UE au concept de 'Data Free Flow with Trust' que Tokyo présentera au sommet d'Osaka. Ce concept « permettra la libre circulation des données entre les pays garantissant un haut niveau de protection », a estimé M. Juncker.
Dans le domaine du transport, les parties espèrent signer en 2019 un accord bilatéral sur la sécurité dans l’aviation civile. L’UE et le pays du Soleil-Levant se sont également engagés à négocier « dès que possible » un accord sur certains aspects relatifs aux services aériens.
Tokyo plaide pour un Brexit ordonné
Interrogé sur la perspective du Brexit, M. Abe s'est dit « heureux » que, pour le moment, une sortie du Royaume-Uni sans accord ait été évitée. Si tel était le cas, les entreprises japonaises ayant investi dans cet État membre en tant que « porte d'entrée dans l'UE » rencontreraient des difficultés. Il a demandé de « la prévisibilité » dans un processus dont l'impact négatif sur l'économie mondiale, y compris le Japon, devra être minimisé.
Voir la déclaration commune UE/Japon : http://bit.ly/2VxSrFP. (Hermine Donceel, Aminata Niang, Camille-Cerise Gessant, Lucas Tripoteau, Mathieu Bion)