En ce jour, qui devait être celui du Brexit, The B-Word vous propose quelques réflexions formulées par des personnes directement affectées par la saga politique en cours à Bruxelles, à Londres et au-delà.
Pour témoigner de ce traumatisme qui frappe la population britannique, BBC radio a invité cette semaine un psychologue afin d’aider les citoyens à faire face à leur anxiété suscitée par le Brexit. Mais cette anxiété est toujours palpable, même chez les Britanniques qui sont parvenus à obtenir la nationalité d’un autre pays de l’UE depuis le référendum de 2016. Selon Eurostat, la plupart sont devenus Allemands, Français, Belges et Néerlandais, bien que les demandes de passeports irlandais aient également augmenté.
« Le Brexit est un traumatisme profond qui engendre d’importants troubles mentaux », a déclaré une jeune Anglaise travaillant à Bruxelles. « Ce sont des terroristes psychologiques », a-t-elle ajouté, en évoquant l’ancien Premier ministre, David Cameron, et son successeur, Mme Theresa May. « Je ne sais pas ce qui est le pire : être un membre anonyme du Groupe européen de recherche [des députés conservateurs de base] qui s’est activement opposé au progrès et au bien de notre pays, ou être Cameron ou May et savoir que mon nom sera évoqué non sans un rictus par les professeurs d’histoire. »
Un responsable de l’UE (et titulaire du double passeport) avance qu’il est « à la fois triste de voir le pays dans cet état pathétique, et furieux contre les personnes qui l’ont amené là – non pas les citoyens qui ont voté en faveur du Brexit, mais les dirigeants conservateurs passés et actuels qui placent leurs ambitions personnelles et/ou la gestion de leur parti avant les intérêts du pays ». « Je suis très pessimiste quant à l’avenir du Royaume-Uni », a-t-il ajouté.
Résidant depuis longtemps à Bruxelles, et en pleines démarches pour acquérir la citoyenneté belge, une femme déclare que la politique britannique « rivalise vraiment avec la présidence de Trump ». « Bien que je trouve tout cela très amusant, cette situation est en réalité très déprimante et paralysante », ajoute-t-elle, décrivant le « sentiment de désastre à chaque nouveau rebondissement » qui anime Westminster. « Cette panique désordonnée de dernière minute est quelque peu choquante, mais était quelque part inévitable. Je suis désolée pour les partisans du retrait qui pensent que cela peut résoudre leurs problèmes, ou nos problèmes en tant que pays », poursuit-elle. « De la paresse politique à l’état pur. »
Un ancien résident à Bruxelles, qui vit aujourd’hui en dehors de l’UE, compare cette situation au fait d’« assister à un accident de voiture ». « Les débats mettent en avant la ‘foi en la démocratie’ et ‘la volonté du peuple’ ; pourtant maintenant, on parle de nommer l’un des architectes du Brexit comme Premier ministre, et ce, sans élection ! »
Un fonctionnaire de longue date de la Commission a déclaré à The B-Word que ses collègues britanniques et lui ressentaient un « détachement assez curieux » face à cette situation. « Je ne sais pas s’il s’agit d’un mécanisme de protection interne, mais j’ai presque cessé d’écouter et de me préoccuper de cela », a-t-il ajouté. « Ayant mes enfants à Londres, je ne peux pas totalement ignorer la réalité, mais j’ai arrêté d’écouter les politiciens. Je n’en ai pas encore trouvé un seul qui comprend le fonctionnement de Bruxelles. »
Philippe Lamberts, député européen belge des Verts/ALE, a résumé l'état d’esprit qui prédomine parmi ses collègues quand il a déclaré à la BBC, jeudi, qu’il n’avait même pas regardé les votes « indicatifs » de mercredi (EUROPE 12224/22). Cette série de votes n’a privilégié aucun scénario en particulier, bien que certains se soient réjouis de constater un soutien accru à une union douanière ou à un Brexit plus doux.
Toutefois, les députés conservateurs préfèrent toujours quitter l’UE sans accord, ce qui semble d’autant plus probable après un troisième vote contre l’accord de retrait organisé vendredi après-midi (EUROPE 12225/1). Ce vote, que le gouvernement a perdu de 58 voix, sa plus petite marge jusqu’à présent, n’était pas un « vote significatif » : il ne s’agissait que de l’accord de retrait (comprenant le budget, les citoyens et la frontière irlandaise) sans les futures relations commerciales qui seront débattues ultérieurement. Le vote de vendredi n’était pas « significatif » ni ne portait sur l’ensemble du traité de sortie, mais uniquement sur l’accord de retrait (moins la déclaration politique sur les futurs liens entre l’UE et le Royaume-Uni).
Les Britanniques doivent désormais soumettre un plan alternatif sur le Brexit ou risquer une sortie sans accord le 12 avril.
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a demandé la tenue d’un sommet européen d’urgence le 10 avril. Soutenu par de nombreux dirigeants de l’UE, il préférerait une longue extension au-delà de 2020 (EUROPE 12223/6), à condition que le Royaume-Uni modifie sa stratégie sur le Brexit, même si une extension technique jusqu’au 22 mai avait été promise en cas d’adoption de l’accord vendredi (EUROPE 12219/1). Theresa May avait également promis de démissionner, si tel devait être le cas.
Les suites directes sont encore incertaines au moment de mettre The B-Word sous presse. Le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, a déclaré cette semaine que « toutes les possibilités » sont toujours sur la table, y compris le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Les ambassadeurs de l’UE27 se sont, quant à eux, intensivement préparés à un ‘no-deal’ ces derniers jours.
« Je pense que sortir est une forme d’échappatoire », a déclaré un citoyen britannique. « L’idée de revenir à une sorte de puissance mondiale d’avant-guerre est à la fois grossière et risible. Revenir en arrière n’est pas une bonne chose ! Ce n’est qu’une perte de temps, d’argent et d’énergie ! » (Version originale anglaise par Sarah Collins)