Une quarantaine de députés européens issus des groupes S&D, Verts/ALE, ADLE et GUE/NGL au Parlement européen ont adressé, jeudi 28 mars, une lettre au premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, lui demandant d’enquêter de toute urgence et avant les élections européennes de mai sur les liens financiers entre les fondamentalistes chrétiens américains et l’extrême droite en Europe.
C’est une enquête de l'association indépendante américaine openDemocracy qui a tiré la sonnette d’alarme. Celle-ci révèle que des groupes de fondamentalistes chrétiens américains tels que l’Alliance défendant la liberté (ADF) et le Centre américain pour le Droit et la Justice ont injecté des millions de dollars pour financer des campagnes ultraconservatrices en Europe.
Beaucoup de ces groupes ont des liens clairs avec l’administration Trump, le mouvement du Tea Party américain et les oligarques russes, souligne l'organisation.
Pour arriver à cette conclusion, openDemocracy a examiné 990 rapports financiers annuels publiés par les principaux groupes américains de la droite chrétienne au cours de la dernière décennie et a constaté que 12 d'entre eux ont déclaré avoir dépensé de l'argent en Europe, soit 50 millions de dollars depuis 2008.
Ces flux financiers ont largement favorisé la diffusion de leur message de « valeurs traditionnelles » dans l'UE. Selon l'organisation, ces groupes auraient en effet financé des campagnes et actions en justice contre les lois anti-discrimination et les discours de haine devant la Cour européenne des droits de l'homme, envoyé de larges équipes de lobbyistes à Bruxelles, soutenu des campagnes contre les droits des LGBTI en République tchèque et en Roumanie ou encore financé un réseau de campagnes antiavortement en Italie et en Espagne.
Pour preuve manifeste des liens croissants entre certains de ces groupes conservateurs américains et l'extrême droite européenne, l’organisation attire l’attention sur le sommet du Congrès mondial des familles qui aura lieu à Vérone ce week-end. Sont attendus plusieurs hommes politiques d’extrême droite du continent, dont le vice-premier ministre italien, Matteo Salvini.
Seulement la partie émergée de l’iceberg
« À l'approche des élections européennes dans quelques semaines, le fait que des groupes fondamentalistes américains aient injecté 50 millions de dollars dans des campagnes conservatrices radicales − renforçant l'extrême droite − devrait être suffisamment alarmant. Mais il ne s'agit probablement que de la partie émergée de l'iceberg », a estimé Mary Fitzgerald, éditrice en chef d’openDemocracy. Selon elle, de nombreuses failles ont empêché de découvrir toute l’ampleur de ces flux financiers.
Et c’est bien ce qui inquiète les députés européens signataires de la lettre, qui demandent à la Commission de prendre des mesures pour protéger la démocratie européenne contre ces « influences extérieures néfastes ».
« Cette enquête d’openDemocracy est extrêmement opportune et met en lumière un défi majeur auquel est confrontée la démocratie en Europe », a déclaré Alyn Smith (Verts/ALE, écossais), qui a coordonné la mobilisation des députés. Voir la lettre : http://bit.ly/2UhfsMf. (Marion Fontana)