L'étau se resserre autour de l'opposition au régime de Nicolás Maduro. Après l'arrestation du chef de cabinet du président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, les autorités du pays ont déclaré inéligible pour 15 ans le président autoproclamé Juan Guaidó, jeudi 28 mars, estimant que celui-ci n'était pas en mesure de justifier l'origine des fonds lui ayant permis d'effectuer de nombreux déplacements à l'étranger.
« Il s'agit véritablement d'une mesure qui vise à affaiblir la recherche d'une issue démocratique à la crise », a déclaré la Haute Représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, depuis Quito où elle a participé à la deuxième réunion ministérielle du groupe de contact international sur le Venezuela (EUROPE 12224/5). D'après elle, de tels agissements « motivés politiquement » se produisent « souvent lorsque des étapes sont franchies en direction d'une solution pacifique et démocratique, les opposants à une telle approche agissant pour saper ces avancées ».
Le ministre équatorien des Affaires étrangères, José Valencia Amores, a critiqué une décision « arbitraire » qui démontre « l'absence de séparation des pouvoirs » au Venezuela.
Il n'en demeure pas moins que les progrès réalisés par le groupe de contact international pour créer les conditions d'une solution politique à la crise qui serait portée par les Vénézuéliens eux-mêmes demeurent « limités », de l'aveu même de Mme Mogherini.
C'est pourquoi, le groupe de contact composé de huit États membres de l'UE et de quatre pays latino-américains, a décidé d'« intensifier » les travaux dans ce domaine en multipliant les contacts avec tous les acteurs vénézuéliens, régionaux et internationaux, même si, a reconnu la Haute Représentante, la sanction infligée à M. Guaidó, que celui-ci considère comme nulle, « n'aide pas du tout ».
L'objectif demeure pour les membres du groupe de présenter aux acteurs politiques vénézuéliens les éléments constitutifs d'une « feuille de route » qui permettrait une transition politique en douceur au Venezuela, en redonnant au peuple la possibilité de s'exprimer lors de nouvelles élections présidentielles.
Dans sa déclaration adoptée à l'unanimité de ses membres, excepté la Bolivie, le groupe de contact mentionne les éléments suivants : - la réforme d'institutions clés comme le Conseil national électoral et la Cour suprême de justice ; - la possibilité pour tous les partis politiques de participer aux élections ; - une mise à jour du registre des électeurs en y incluant les jeunes et les Vénézuéliens de l'étranger ; - une réforme du cadre électoral pour autoriser le déploiement d'observateurs extérieurs.
« Il ne s'agit pas uniquement de fixer une date pour la tenue d'élections. Cela concerne aussi les préparatifs », a considéré Mme Mogherini.
Les résultats des travaux du groupe de contact international sont plus visibles en matière d'acheminement de l'aide humanitaire. Sous l'égide des Nations Unies, une équipe de coordination incluant des organisations nationales et internationales a été mise en place en vue d'intensifier l'acheminement de l'aide humanitaire auprès des Vénézuéliens restés au pays ou réfugiés dans les pays limitrophes.
Au sein du 'processus de Quito', douze pays latino-américains dialoguent et coopèrent pour gérer le flux des 3 millions de Vénézuéliens ayant fui leur pays. M. Valencia Amores a cité notamment des actions visant à « reconnaître les documents d'identité » en vue de faciliter la circulation de réfugiés en situation de « grande détresse ».
La prochaine réunion du groupe de contact international aura lieu début mai au Costa Rica. (Mathieu Bion)