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Bulletin Quotidien Europe N° 12173
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

Pedro Sánchez prononce au PE un discours résolument europhile et progressiste

Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol, a tenu, face aux députés réunis en session plénière du Parlement européen, mercredi 16 janvier, un discours pro-européen avec un accent très social. 

Après une brève introduction sur le passé européen de l’Espagne, M. Sánchez a commencé son discours en commentant le rejet par la Chambre des communes britannique, la veille, de l’accord sur une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’Union européenne (EUROPE 12172). Il a regretté que le « meilleur accord possible », qui « protège le mieux les deux parties », ait été rejeté à une forte majorité. 

À l’instar de plusieurs leaders politiques européens (voir autre nouvelle), il a alors demandé à Londres de prendre les décisions considérées « opportunes » pour la suite à donner aux événements. Si M. Sánchez a rappelé qu’il avait toujours estimé que le Brexit était un « malheur », qui pénalise toutes les parties, en particulier les personnes « les plus vulnérables », il a néanmoins déclaré que le choix des citoyens britanniques était « une décision souveraine que nous ne pouvons que respecter ». 

Quel que soit le résultat des négociations, M. Sánchez a estimé que trois principes devraient être respectés : l’intégrité du marché intérieur, l’indivisibilité des quatre libertés fondamentales et l’autonomie de décision de l’Union. 

Relégitimer et protéger l’Europe. Le chef de gouvernement espagnol a ensuite partagé avec les parlementaires européens sa vision quant à l’avenir de l’Union européenne. 

Il a insisté sur la nécessité d’une Europe sociale, avec notamment ce message résumant le ton employé de son intervention : « Pour que l’Europe protège, il nous revient de protéger l’Europe. »

Pour lui, protéger l’Union européenne se traduit par la mise en place de politiques sociales, « une Europe de droit, qui protège les personnes vulnérables », une Union qui garantit la sécurité et la défense des citoyens, ou encore par une Union qui respecte ses engagements climatiques. Ce, dans un esprit de communauté de valeurs. 

M. Sánchez a, par exemple, défendu l’idée de la mise en place d’un Fonds européen de stabilisation du chômage (EUROPE 12160, 12044), et il a plaidé pour le parachèvement de l’Union économique et monétaire (UEM). « La réforme de l’UEM doit assurer la protection et l’inclusion sociales », a-t-il déclaré. 

« Nous ne voulons plus parler d’économie sans parler de la vie des travailleurs », a affirmé dans ce sens Udo Bullmann (S&D, allemand). Les « politiques libérales » ne répondent aujourd’hui plus « aux attentes des plus précaires », a commenté Laura Ferrara (ELDD, italienne). 

Au volet social, le dirigeant espagnol a par ailleurs évoqué la nécessité de trouver un accord final quant à la directive sur l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle (EUROPE 12160) ainsi que la possibilité de rendre contraignant le Socle européen des droits sociaux (EUROPE 11906). 

M. Sánchez a également insisté sur l’égalité homme-femme, alors qu’il dirige en Europe l’exécutif comprenant le plus de femmes, un élément salué par Ska Keller (Verts/ALE, allemande). « Aujourd’hui, je veux proposer l’adoption d’une stratégie d’égalité des genres de l’Union européenne avec un caractère contraignant », a-t-il ajouté. 

« Nous ne voulons pas de bonnes intentions, nous voulons des engagements en termes de politique sociale », a par ailleurs averti Paloma López Bermejo (GUE/NGL, espagnole), pour évoquer les mesures prises par l’Espagne et l’UE.

Fin de l’unanimité au Conseil. Concernant la place de l’Union sur la scène mondiale, M. Sánchez a exprimé son souhait d’avancer dans le cadre de l’Europe de la sécurité et de la défense, parlant notamment de « la création d’une véritable armée européenne ». Il a en outre pris position pour la fin de la règle de l’unanimité au Conseil de l’UE concernant les affaires étrangères, mais aussi concernant la fiscalité (EUROPE 12172), le respect de l’État de droit et le cadre financier pluriannuel. 

« La règle de l’unanimité […] est le problème principal qui doit être tranché » dans l’Union, a salué à ce titre Guy Verhofstadt (ADLE, belge). 

Enfin, concernant la politique migratoire, il a salué le rôle du Maroc dans la gestion des flux (EUROPE 12160). M. Sánchez a ensuite présenté les aspects positifs de l’immigration et a pointé la nécessité de s’accorder avec les pays du continent africain. 

Un succès des négociations concernant la réforme du régime européen d’asile est pour lui crucial (EUROPE 12172), réforme qui doit être guidée par la nécessité de « respecter nos devoirs ». Si Manfred Weber (PPE, allemand) a salué le caractère europhile du discours du chef de gouvernement espagnol, il a néanmoins exprimé, au nom du PPE, une position plus rigide sur l’immigration. « L’immigration illégale doit être stoppée », a-t-il ainsi affirmé. 

Pedro Sánchez a conclu son intervention en plaidant pour que les États membres prennent la défense de la construction européenne, lui qui a d’ailleurs utilisé l’expression d’« Europe fédérale ». « Nous avons besoin de conviction et de détermination. Et de conjuguer des idéaux avec la recherche du pragmatisme, comme nous avons fait depuis plus de 60 ans », a-t-il ainsi déclaré. (Lucas Tripoteau)

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