La Commission européenne et les États membres étaient dans l’expectative, mercredi 16 janvier, après que le Parlement britannique a rejeté mardi, par 432 voix contre 202, l’accord conclu par le Premier ministre, Theresa May, avec l’UE (EUROPE 12172) sur le retrait du pays de l'Union européenne et la déclaration politique sur les futures relations.
Après le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, c’est Michel Barnier, qui a dirigé la négociation au nom de l'UE, qui a dit regretter « profondément » ce vote qui a « montré que les conditions politiques n’existent pas encore pour la ratification ».
Devant les eurodéputés, qui l'écoutaient mercredi matin, Michel Barnier a d'ailleurs jugé que le risque d’une sortie sans accord était désormais « plus élevé que jamais ». Le Français a d’autant plus regretté ce résultat que l’accord conclu avait été le fruit du travail avec les parlementaires européens et avec le gouvernement britannique, dont les lignes rouges ont été respectées. « Il revient aux autorités britanniques d’apporter aujourd’hui ou demain l’évaluation de ce vote », a-t-il ajouté, « et de dire comment elles comptent procéder à un retrait ordonné au 29 mars ».
La veille au soir, MM. Juncker et Tusk avaient demandé la même clarté. « Il n’y a rien d’autre que l’on puisse faire », a insisté Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission, expliquant que M. Juncker s’était déjà ou allait s’entretenir avec tous les dirigeants européens et que l’institution restait toujours « prête à les rencontrer ou discuter » avec eux, y compris Theresa May.
Ouverture possible sur la déclaration politique, si Londres revoit ses lignes rouges
Pour Michel Barnier, il est toujours possible de discuter, en effet. L’UE a toujours « dit que, si le Royaume-Uni fait évoluer ses lignes rouges et va au-delà d’un simple accord de libre-échange, l’UE sera prête immédiatement à accompagner cette évolution et répondre favorablement », comme le Conseil et le PE l’ont toujours dit, a-t-il encore noté.
Mais le négociateur n’a pas fait cette ouverture sur l’accord de retrait, accord que les dirigeants européens ne sont pas prêts à renégocier. Michel Barnier a d'ailleurs insisté mercredi sur la nécessité de garder le filet de sécurité pour l’Irlande. Mais « aussi longtemps que l’issue n’est pas identifiée clairement et appuyée par une majorité parlementaire, on ne sera pas en mesure d’avancer ; donc, les prochaines étapes doivent être indiquées clairement par le gouvernement britannique », a-t-il averti.
Vote de défiance contre Mme May mercredi soir
De son côté, Theresa May devait affronter mercredi soir un vote de défiance demandé par Jeremy Corbyn, le leader du Labour. Un vote qu’elle devait remporter, selon les médias britanniques. Elle aura ensuite 3 jours, en théorie, pour élaborer un plan. Pour le Premier ministre de l’Écosse, Mme Nicola Surgeon, le minimum à attendre serait que Mme May demande l’extension de l’article 50 pour « arrêter l’horloge », le Brexit devant intervenir au 29 mars, a-t-elle dit sur son compte Twitter mardi soir.
Le vote du Parlement britannique exprime plusieurs choses à la fois, entre le Labour cherchant à prendre le pouvoir et négocier une relation plus proche avec l’UE, les tenants d’une sortie brutale sans accord et les tenants d’un autre référendum, sans que l’un ou l’autre scénario n’ait de majorité. Sur les 317 députés Tories, 118 ont en tout cas voté contre l’accord de Mme May.
Selon un observateur européen, de nouvelles élections seraient le scénario logique avec une nouvelle négociation sur le type de relation voulu, certains évoquant ainsi une offre de type 'Norvège ++'. Mme May se trouve en tout cas sous pression de certains députés pour accepter une véritable Union douanière.
Quoi qu'il en soit, la perspective d’une extension de l’article 50, si elle devrait, en théorie, être acceptée par les Vingt-sept, ne réjouit pas tout le monde. « Cela serait extrêmement compliqué avec les élections européennes », selon la source européenne. Le PE est aussi d’avis que cela devrait forcément s’arrêter avant ces élections (voir autre nouvelle).
Pour leur part, les ambassadeurs des Vingt-sept se sont réunis mercredi en début d’après-midi pour échanger sur les derniers développements. La réunion a été assez courte et a surtout servi à plaider pour l’intensification de la préparation à une sortie sans accord. (Solenn Paulic)