Les dirigeants européens refusent de rouvrir l'accord sur une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l'Union européenne, agréé fin novembre avec Londres (EUROPE 12145). Toutefois, ils pourraient accepter d'en clarifier certaines modalités, notamment le filet de sécurité ('backstop') destiné à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord si un accord de libre-échange UE/Royaume-Uni post-Brexit n'est pas en place fin 2020.
« L'accord trouvé est le meilleur et le seul possible. Il n'y a aucune marge de renégociation », a souligné le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, mardi 11 décembre devant le Parlement européen à Strasbourg. Et d'ajouter : « Mais, bien sûr, il y a suffisamment de marge, si elle est utilisée intelligemment, pour apporter davantage de clarifications et d'interprétations sans rouvrir l'accord de retrait. »
D'après M. Juncker, les Vingt-sept et le Royaume-Uni devront tout faire pour éviter la mise en place du backstop. « Mais il faut le préparer. C'est nécessaire pour la cohérence de l'accord [...] et pour l'Irlande. L'Irlande ne sera jamais abandonnée ! », a-t-il insisté.
Mardi soir à Bruxelles, M. Juncker s'est entretenu avec le Premier ministre britannique, Theresa May, en présence du négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier. Auparavant, Mme May avait rencontré le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, et la chancelière allemande, Angela Merkel, qui, selon Reuters, lui aurait dit qu'une renégociation était impossible, mais que certaines garanties politiques pourraient être apportées.
Mme May a aussi rencontré le président du Conseil européen, Donald Tusk. La veille, celui-ci avait rejeté toute renégociation et convoqué une discussion à Vingt-sept sur le Brexit, jeudi 13 décembre.
Mme May a effectué cette tournée de capitales européennes après avoir reporté le vote du Parlement britannique sur l'accord de retrait (EUROPE 12156). Ce vote, qui aurait dû avoir lieu mardi, était perdu d'avance pour Mme May. En gagnant du temps, celle-ci espère convaincre ses homologues européens de faire un geste politique qui faciliterait l'approbation, au plus tard le 21 janvier, de l'accord sur un Brexit ordonné par les députés britanniques.
Parmi les idées qui circulent figure un engagement renouvelé des Vingt-sept à tout faire pour empêcher la concrétisation du filet de sécurité, peut-être en fixant un horizon temporel pour finaliser rapidement un accord de libre-échange bilatéral. Mais l'UE refusera de rendre le filet de sécurité temporaire et n'autorisera pas le Royaume-Uni à y échapper unilatéralement.
Mardi, au Parlement européen, le scepticisme était de mise quant à l'hypothèse d'une renégociation de l'accord sur un Brexit ordonné.
Pour Manfred Weber (PPE, allemand), « une clarification » sur le filet de sécurité est possible, pas sa modification. Il n'est « pas question de renégocier le backstop », a enchaîné le leader du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt. Mais, si Mme May cherche une relation encore plus étroite entre le Royaume-Uni et l'UE, il n'y a aucun problème, a-t-il ajouté. Même son de cloche du côté du groupe Verts/ALE. Le compromis sur la table, fortement influencé par les accords du Vendredi saint, est « à peu près le seul deal possible », a estimé Philippe Lamberts, critiquant les promesses intenables de certains responsables politiques britanniques.
La seule bonne nouvelle, aux yeux d'Udo Bullmann (S&D, allemand), est l'arrêt de la Cour selon lequel le Royaume-Uni peut unilatéralement révoquer sa décision de quitter l'UE (EUROPE 12156).
Mardi, les eurodéputés coordinateurs pour le Brexit ont rencontré M. Barnier. Mais le PE a retiré de l'ordre du jour de la session plénière le débat sur le retrait britannique prévu ce mercredi.
Se préparer à un Brexit sans accord. Plusieurs responsables ont souligné la nécessité de continuer de se préparer à un Brexit sans accord au 29 mars 2019.
Se disant « très préoccupée », mardi matin à Bruxelles, la ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a indiqué que l'Assemblée nationale française avait autorisé le gouvernement à agir par voie d'ordonnance pour faire face à cette éventualité.
Trois domaines sont concernés : - la protection des intérêts (reconnaissance des périodes d'activité et/ou des qualifications professionnelles acquises) des Français installés au Royaume-Uni ; - les droits d’entrée et de séjour, l’emploi des Britanniques résidant en France ; - la circulation des personnes et des marchandises afin d’assurer la continuité du transport par le tunnel sous la Manche tout en contrôlant l’entrée des marchandises venant du Royaume-Uni sur le territoire français. (Mathieu Bion avec Lucas Tripoteau)